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Genre : Polar

Réalisateur : Ben Affleck

Synopsis :

Doug MacRay est le chef d'un gang de braqueur à Charlestown. Durant un braquage, il prend en otage la directrice de l'agence, Claire, qu'il relache indemne quelques minutes plus tard. Elle rencontre quelque jour plus tard Doug, sans se douter qu'il fut celui qui l'a prise en otage, et entame alors une histoire d'amour.

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Avis Version Cinéma :

Ben Affleck nous avait agréablement surpris avec Gone Baby Gone, qui brossait un magnifique portrait de Boston. Il retourne vers cette peinture avec The Town, film un poil moins réussit que son précèdent, mais qui reste maitrisé sur certains points.

On attendait beaucoup de Ben Affleck avec ce film. Qu'il puisse nouer l'action à une véritable peinture de quartier titille la curiosité, surtout qu'avec Gone Baby Gone, Affleck avait réussit à dessiner avec une prodigieuse finesse les contours de son Boston natal grâce notamment cette interaction naturelle entre la rue et l'histoire mise en scène. Ici, le réalisateur avorte un peu cette description sociale et mentale de cette population pourtant si riche. Bien sur, la parole leur est donnée, notamment au début avec la poignante citation en ouverture, ou la très courte séquence de la réunion des alcooliques anonymes. Mais après, cette vie quotidienne passe totalement à la trape, le réalisateur privilégiant alors l'action et la romance (encore que, cette derniére est assez grossiérement décrite). Ce traitement de surface est assez frustrant d'autant plus qu'on aperçoit très régulièrement des points de fuites très intéressantes (pourquoi le co-équipier de Frowley, ancien-criminel, est t-il entrée dans le FBI ?) qui auraient pu donner de la variété au film, qui aurait pu rendre la toile de fond un peu moins monochrome, voir même instiller un peu de tension. Mais, quoi qu'il en soit, et bien que le scénario du film soit au final très classique (la filiation avec Heat y est peut-être pour beaucoup), Ben Affleck a su garder un rythme de croisière impeccable pour un polar. D'abord, la relation sentimental qui va lier Claire à Doug ne tombe pas dans la niaiserie, Claire étant une héroïne à la personnalité forte et loin d'être la femme fragile du début. Le duo semble alors presque original alors que, en creusant un peu, la mécanique qui régit cette relation est identique à celle d'autre film du genre. Mais, une fois encore, certains personnages ne sont que des outils pour amener Doug au bord du précipice, ne bénèficiant pas d'une exploration poussée (par exemple l'ex petite copine camée).

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Mais il faut bien avouer que, mise à part ces détails de profondeur, le cinéaste contrôle parfaitement le rythme de son récit, notamment en ce qui concerne la gestion de ses scènes d'action, qui deviennent plus intenses et éprouvantes au fil du métrage (avec un imposant final digne de Michael Mann). Ben Affleck maîtrise sa caméra et son montage comme personne, orchestrant des gun-fight lisible et tendu à souhait. La musique composée par Harry Gregson-Williams et David Buckley sait se faire entendre sans pour autant accaparer toute l'attention auditive du spectateur. Seul se démarque le très touchant épilogue, qui oscille entre happy-end et tragédie avec beaucoup de sensibilité. Enfin, The Town brille en grande parti grâce à son excellente brochette d'acteur. Voila enfin un très beau casting qui laisse place à une nouvelle et prometteuse génération d'acteur. Outre la présence d'un Ben Affleck en grande forme (aussi bien physique qu' artistique), ainsi que celle de la rafraîchissante Rebecca Hall, c'est avant tout les seconds rôles qui s'imposent ici. Jon Hamm, bien connu pour son rôle dans la série Mad Men, explose littéralement dans dans la peau d'un inspecteur retord, offrant ainsi par la même occasion les meilleurs scènes du film. Jeremy Renner maîtrise également parfaitement son personnage, distillant magnifiquement une menace sourde autour de ce récit. Les anciens arrivent tout de même à se tailler une petite part du gâteau : Chris Cooper en père déchue se montre une fois de plus exceptionnel, et Pete Postlethwaite impose sa stature lors d'une mythique séquence de face à face avec Ben Affleck.

Ben Affleck transforme donc son The Town en gros polar classique mais très efficace. Mais on aurait aimé une toile de fond plus chatoyante et des personnages mieux exploités.

NOTE : 3/5


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Avis Version Longue :

La version longue disponible uniquement en Bluray (et en V.O.ST FR) transcende littéralement le film. Ajoutant 30 minutes supplémentaires, The Town gagne alors en intensité à la fois physique mais aussi psychologique. D'un film d'action classique et musclée, on passe à un immense polar qui n'a pas du tout à rougir de la comparaison avec Heat.

La version longue explore plus d'abord la relation amoureuse entre Doug et Claire. Cette relation se révèle être bien plus sensible que dans la version cinéma, avec notamment un premier rendez-vous amoureux digne de ce nom sur un voilier accosté dans le port de Boston, mais également plus fragile puisque le film met en avant les doutes de Claire au sujet de ses activités délictueuse de Doug. A ce titre, le personnage joué par Ben Affleck apparaît bien plus noire et plus violent, loin de l'image de "braqueur au grand coeur" que véhiculait le montage cinéma. De même pour l'agent Fowley qui, en plus d'instaurer une relation ambiguë et sournoise avec Claire, apparaît également plus violent. Claire devient alors bien plus le centre de l'attention sur cette version du film, permettant ainsi à ce nouveau montage d'en accroître la force émotionnelle.

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Les personnages secondaires gagnent aussi épaisseur avec cette version longue. L'ex petite amie de Doug, par exemple, à une place beaucoup plus importante dans l'organisation criminelle de Doug, tout comme l'agent Dino au sein du FBI, exploitant un peu plus ses connaissances sur le quartier. Parallèlement, la relation entre James Coughlin et Doug est plus conflictuelle, se refermant sur un dernier dialogue fort en émotion. La peinture de quartier gagne aussi en profondeur grâce à quelques informations supplémentaires sur la mentalités des habitants. Le film gagne à tel point en dramaturgie et en tragédie que les scènes d'action paraissent plus fortes et plus sensationnelles. Enfin, ce montage ajoute un peu de violence (dont une scène de descente supplémentaire en pleine rue) ainsi que du sexe.

La version longue de The Town se révèle donc indispensable, ce nouveau montage décuplant considérablement la force du film. Un décors plus imposant et une tension dramatique accrue permettent aux scènes d'action de devenir des noeuds narratifs beaucoup plus palpitants. Une magnifique réussite.

NOTE : 5/5