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Genre : Science-Fiction

Réalisateur : Don Siegel

Synopsis :

A son retour de confèrence, Miles Bennell, un médecin de campagne, constate qu'une partie de la population est en proie à la paranoia, prétendant que leurs proches ne semblent plus être les même.

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Avis :

Premier gros succès de Don Siegel, L'Invasion Des Profanateurs de Sépultures est le premier film d'une longue saga de remake autour des fameux "cocons".

Une saga qui s'est clôturée par le gluant Invasion de Olivier Hirschbiegel (une paternité remise en question puisque sa version a largement été modifiée par James McTeigue), dont l'affiche clamait avec beaucoup d'ironie : "ne vous endormez pas" (ceux qui ont tentés l'aventure savent qu'il faudras une bonne paire d'allumette pour résister aux vapeurs assommantes de ce barbiturique cinématographique). Allez donc plutôt voir du coté de chez Don Siegel, grand cinéaste moderne, qui offre la première version de ces "voleurs de corps". Sorti en 1956, L'Invasion des Profanateurs de Sépultures est l'une des grandes références de la SF moderne. En adaptant le roman de Jack Finney, le réalisateur Don Siegel organise ici une vaste parabole sur les actes politiques des Etats-Unis durant les années 50, marqués principalement par l'avènement de la propagande (et du pouvoir de la foule comme décrit par Gustave Le Bon) ainsi que par McCarthy et sa chasse au sorcière, vaste programme politique pour isoler médiatiquement, politiquement et socialement les supposés membres du parti communiste. Le film de Don Siegel, éminemment psychologique dans le traitement dans de l'invasion, synthétise toutes ces angoisses générés par le climat suspicieux de l'époque, semant une paranoïa de plus en plus oppressante et violente dans cette petite ville de Santa Mira. Ici, l'intrus se cache partout, instaurant une peur indicible de par sa capacité de prendre n'importe quelle forme humaine commune (mère, oncle, voisin). Le méchant de l'histoire devient alors une copie conforme de l'original, à l'exception près qu'il devient apathiques, ne montrant aucune émotion. L'angoisse ne résulte donc pas ici dans la façon dont les personnages vont être "attaqués" ou "digérés", mais comment et en quoi ceux ci vont t'ils être "transformés".

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A partir de cela, L'Invasion des Profanateurs de Sépultures instaure un suspens psychologique efficace autour de l'identité de chacun des protagoniste, distillant une peur autour de la nature de cette intervention extra-terrestre et créant une obsession légitime de sécurité autour de ce mouvement d'apathie collective qui contamine la société, aussi isolée soit elle. Don Siegel fait d'ailleurs parfaitement ressentir l'ampleur de cette contamination mentale en allant crescendo vers la suspicion et le mouvement de foule. Critiquant également au passage l'abscence d'acuité mentale qui gangrène la psychiatrie moderne, trop terre à terre selon lui, le cinéaste compose avec beaucoup de pessimisme l'effondrement de la société humanisé, au profit d'une société dont la rationalisation excessive la rend déshumanisée et primitive, animé par le seul besoin de reproduction et de survie. Des thématiques et un sentiment d'éffroi magnifiquement mise en scène par Don Siegel, dont le sens du cadrage prolonge parfaitement l'angoisse suscité par l'histoire. Le réalisateur parvient, avec un minium de moyen, à nous faire croire à cette invasion végétale. Et, quand celui ci veux nous montrer le répugnant accouchement des cosses, Don Siegel arrive encore à nous transporter et à nous faire oublier le coté "artisanal" des effets visuels. Tout cela soutenu par des très bons acteurs, bénéficiant d'un magnifique couple vedette composé de la sublime Dana Wynter et du fringant Kevin McCarthy.

L'Invasion des Profanateurs de Sépultures est donc un film de SF qui n'a pas pris une ride. Maniant aussi bien la parabole et la critique que sa caméra, Don Siegel réalise ici un film d'angoisse incontournable.