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Genre : Fantastique

Réalisateur : Zack Snyder

Synopsis :

Après la mort de sa mére, Baby Doll tue accidentellement sa soeur alors qu'elle tentait de la protéger de son horrible père. Celui ci l'interne alors dans un asile psychiatrique dirigé par Blue, un jeune infirmier mégalomane. Mais Baby Doll découvre le moyen de s'échapper de cet enfer.

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Avis :

Film de tous les excès, Sucker Punch de Zach Snyder est un pur produit destiné à la nouvelle génèration de teenager gavée aux FPS et autres schizophrénies numériques.

Mélangeant à la fois le récit sur la perte de l'inocence d'un Lovely Bones et l'ode à l'indépendance psychologique d'un Matrix, Sucker Punch est présent sur tous les fronts, racles à tous les râteliers du cinéma et de la culture geek pour ratiboiser un large public de bouffeurs de galettes vidéo-ludiques, d'amateurs de jeux de rôle héroic-fantasy et de sex-tape. Sucker Punch n'est donc plus un simple divertissement ampoulé réalisé par un gourou du compositing et de la variation rythmique, mais un manifeste de l'art virtuel des années 2000. C'est donc en toute logique qu'aprés avoir fait la synthèse du monde atomique avec Watchmen que Zack Snyder fait celle du monde actuelle du tout numérique dont il est le pur produit. En résulte un style clippesque poussé à l'extréme, ou la musique tonitruante et la réalisation bruyante s'accouple dans un vacarme orgasmique dantesque, accouchant de scènes de combats hallucinés hérités du jeux-vidéo (on pense notamment à Halo, Gears of War, Call Of Duty et même Time Splitters). Une campagne animée par des soubrettes mal-léchés en quête d'une jouissance apocalyptique à travers différent tableaux qui embrassent avec gourmandise les lieux communs de la culture geek (monastère japonnais enneigé, donjon médiéval-fantastique ou train futuriste). De ce fait, les références esthétiques que met en scène le réalisateur peuvent se révéler inaccessibles par un public peu averti par le style de son auteur. Mais, malgré la débauche graphique que maitrise brillament Zack Snyder, celui ci n'oublie cependant pas le sens de la métaphore à travers notamment un montage joyeusement allégorique (ou comment montrer que l'une des jeunes patientes de l'hôpital se fait cuisiné) et un scénario qui l'est tout autant.

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Car, un peu comme Inception, Sucker Punch marche sur plusieurs strates de réalité. La premiere, c'est celle du théâtre par lequel on entre dans l'histoire/l'esprit de Baby Doll. Une jolie mise en abîme qui témoigne de la maturité scènaristique d'un réalisateur daignant enfin jouer avec autre chose que sa caméra et la technologie. La deuxième celle de la crasse et de la rouille de l'hôpital psychiatrique Lennox dans lequel est enfermée l'héroine. La troisième celle de l'hôpital retapissé en un cabaret/maison-close à l'ambiance feutré. Enfin, la quatrième et dernière strate, c'est le monde du combat dans lequel s'immerge Baby Doll lors de ses coites dansant. L'astuce scènaristique est périlleuse et demande de l'attention et des efforts de la part du spectateur qui peut se retrouver vite perdu dans les profondeurs de l'imaginaire humain. Mais, au-delà du simple prétexte à la débauche d'effets visuelles grandiloquent, l'intrigue aborde la conquête d'une intimité, la rédemption, et témoigne également de l'esprit lubrique qui phagocyte des jeunes femmes perdues aussi bien dans leurs vies que dans leurs esprits, dont l'inévitable aboutissement est la lobotomisation afin de les transformer en simple objet de désirs et de possession. Ce dégage alors une ambiance sinistre et tragique inauguré par une séquence de pré-générique malsaine absolument prodigieuse. Malheureusement, le film empreinte parfois des chemins de réflexion peu subtiles, dont la voix-off finale délivrant un message naïf n'est que la partie visible. Le début du film se révèle également assez cacophonique (c'est le désavantage de brasser plusieurs niveaux de réalité) et il manque au film de la dramaturgie ainsi qu'un bon casting, ou se révèle tout de même un excellent Oscar Isaac et une Carla Gugino magnifique.

Sucker Punch est donc une oeuvre visuellement incandescente mais qui, malgré une volonté de Snyder d'apporter de la profondeur à son exercice esthétique, se révèle assez perfectibles sur quelques points.