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Genre : Thriller

Réalisateur : Joel Schumacher

Synopsis :

Stuart Shepard est un attaché de presse prétentieux, arrogant et menteur. Il trompe sa femme régulièrement en téléphonant à une cliente, Pamela, d'une cabine téléphonique, espérant qu'elle couchera un jour avec lui. Jusqu'au jour ou il se fait mettre en joug par un psychopathe.

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Avis :

Après les catastrophes industrielles qu'ont été les deux Batman, Joel Schumacher revient avec Phone Game, huis clos urbain s'articullant autour d'une cabine téléphonique.

A Washington, 2002 fût l'année ou un fou dangereux tirait, avec son fusil sniper, sur n'importe quel pèlerin qui se promenait dans la rue ou mettait de l'essence dans son Pick-Up Ford. Un bon gros fait divers, avec des victimes, un agité du bocal, et une panique générale dans la capitale nationale. Mais le plus étrange c'est que le calendrier de ce meurtrier coïncidait avec celui d'un autre meurtrier : Joel Schumacher alias "j'ai flingué Batman et je suis fier". Mais qu'on se le dise : Phone Game est très loin d'être un massacre, constituant même une belle petite surprise. Ce film s'inscrit un peu dans la droite lignée de ce que le cinéaste nous avait proposé avec son cultissime Chute Libre. Ici, Scumacher repose son récit sur un même personnage, à savoir un quidam qui pète un câble et qui se gausse de la société sclérosé dans laquelle il vit. Il prend alors en joug un attaché de presse détestable afin de tenter de le remettre sur les rails de l'honêteté. Deux vies raccordées par le fil d'un téléphone. Mais le plus intéressant dans le film, c'est le portrait que le cinéaste fait de son meurtrier : à la fois extrêmement sensé et profondément psychopathe, ce sniper fou instable souffle le chaud et le froid, un peu comme Michael Douglas dans Chute Libre. Sa folie se cache derrière celle de la société, le tueur agissant un peu comme un ange exterminateur planqué dérrière la fenêtre d'un building, tuant les pécheurs tout en se défendant de ne pas appartenir à cette branche d'illuminée. Il se met d'ailleurs presque systématiquement en porte à faux dans ses déclarations, accentuant donc un peu plus la folie du personnage, dont le seul témoin reste ce Stuart, autre produit de la société, se voyant désormais intimidé par une menace indicible qui se repend bien au delà de l'enceinte de cette rue grouillante de monde. Le scénario se révèle donc très fin et fouillé, malgré une intrigue qui n'a guère plus de 85 minutes de pellicule pour se développer.

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Mais, si la mise en scène du cinéaste est encore et toujours empreinte de son style MTV, c'est ici pour mieux faire entrer le spectateur dans le monde du clip, du zapping, ou le quotidien se transforme en émission de TV (les regards perdus dans les fenêtres filmé en DV), nous proposant alors différentes fenêtres sur l'action en cours. Bien plus qu'un simple effet de style esthétique, c'est un choix de mise en scène afin de montrer la vie sous le feu des regards indiscrets, ainsi que de la recherche/l'attente du sensationnel et du spectaculaire. Joel Schumacher tire donc parfaitement parti de l'éclatement des situations, dans un style qui rejoint ce qui se fait dans la série 24. A grand renfort de split-screen et d'incrustation d'images, Schumacher compense alors l'étroitesse de la cabine par cette multiplication des points vue, dynamisant visuellement un récit qui aurait pu végéter et s'enraciner dans un rythme fastidieux. Et le twist final, qui peut paraître maladroit au premier abord, s'avére en fait bien plus subtile, le réalisateur maintenant efficacement le doute autour de l'existence du sniper (est-ce qu'il vient réellement menacer Stuart dans l'ambulance, ou est-ce une pure création de l'esprit du héros alors sous morphine ?). Il faut dire que Colin Farrell est très crédible, déployant une palette d'emotions assez étonnante, permettant de créer une empathie envers son personnages pourtant méprisable et odieux. Forest Whitaker est également très juste en inspecteur de police, tout comme la resplendissante Radha Mitchell. Seul Katie Holmes semble un peu à coté de la plaque dans son interprétation.

Phone Game est donc une agréable surprise de la part d'un des tâcherons du septième art. Ce film propose un univers visuel tout à fait cohérent avec son propos avec, en plus, suffisamment de suspens pour maintenir en haleine l'attention du spectateur. Une des rares réussite de Joel Schumacher.