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Genre : Horreur

Réalisateur : Mikael Hafstrom

Synopsis :

Michael Kovak veut devenir prêtre. Mais, au cours de ses études, il découvre qu'il n'a pas suffisamment foi en dieu pour exercer un tel métier. Il accepte pourtant d'aller à Rome afin d'être sensibilisé aux pratiques de l'exorcisme. Là-bas, il rencontre le père Lucas, qui est chargé de lui faire croire à son efficacité.

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Avis :

Nombreux sont les films tentant de redonner un souffle de vie au genre de l'exorcisme. Le Rite débarque mais ne bouscule rien, si ce n'est peut-être une certaine idée du cabotinage bien fait.

Tout a été fait en matière d'exorcisme : de la volé d'injures et de pois verts (L'Exorcisme) au faux documentaire (Le Dernier Exorcisme), en passant par le film à procès (L'Exorcisme d'Emily Rose), Hollywood semble avoir fait le tour de la question. Heureusement pour eux, le Vatican met de l'eau benite sur le feu en ouvrant, en 2003, une école permettant de ré-apprendre au clergé le rituel de l'exorcisme. Une occasion en or pour les producteurs d'exploiter à nouveau ce filon de la possession démoniaque, déléguant cette lourde tâche à Mikael Hafström, réalisateur de Chambre 1408 et de Shanghai, encore inédit outre-Atlantique. Un cinéaste profondément classique dans sa mise en scène mais qui nous a prouvé qu'il savait donner du punch à son intrigue pour absorber son auditoire dans l'univers de son film. Mais le nouvel essai de Hafstrom dans le fantastique souffle le chaud et le froid. Certes, le film ne ré-invente pas le genre et ce n'est pas nécessairement ce qu'on lui demandait. Mais il lui manque tout de même la fougue nécessaire pour tenir sur la longueur. Il faut dire que le personnage principal est terriblement mou du genou. Le séminariste Michael Kovak est un homme pétrie de doute sur sa foi mais cherche tout de même des preuves de ses interrogations. Ce héros avait donc le potentiel suffisant pour instiller une tension dramatique, surtout que ses relations avec son paternel, patron d'une agence de pompe funèbre, sont loin d'être chaleureuses. Mais ce personnage se révèle être aussi froid et rigide que les cadavres qu'il met en bière. La faute en revient à Colin O'Donoghue, jeune acteur qui n'arrive pas à faire partager les émotions de son personnage, se contentant de déambuler dans le cadre et de débiter ses dialogues sans une once de conviction. D'ailleurs, les seconds couteaux n'ont guère le temps de rattraper le manque d'entrain de l'acteur principal, mis à part l'imposant Rughter Hauer. A leurs cotés, la locomotive Anthony Hopkins cabotine magnifiquement, passant de la douceur à la rage avec un soucis constant de la démesure et de l'entertainment. L'acteur offre donc un très bon contre-poids à la fadeur de son jeune compagnon et rattrape largement cette grossière erreur de casting.

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Autre point faible : le rythme. Bien que le film se suit sans grand ennuie, force est de constater que notre copain le démon bat un peu de l'aile. Comme toujours dans les films de possessions, on a le droit au show d'une contorsionniste qui se tortille comme un ver, déblatérant des insanités à une vitesse vertigineuse avec toujours ce soucis de l'insulte bien faite. On le connaît donc par coeur notre démon et on sait pertinemment qu'il ne va pas rester sur une cuisante défaite. L'occasion donc de remettre le couvert à plusieurs reprises, mais toujours avec le même cobaye. D'ou une certaine lassitude et cette sensation de "trop peu", et ce malgré la présence de Hopkins qui crache ses poumons afin de faire extirper de la bouche de la jeune demoiselle quelques clous rouillés qui ont de quoi filer le Tétanos. Le film fait d'ailleurs de son manque de spectacle un leitmotiv ("vous vous attendiez à des têtes qui tournent et du vomi vert" lance le pére Lucas à son jeune acolyte déçu). Il faut donc attendre la diabolique scène à l'hôpital ainsi que le grand final pour enfin faire connaissance avec un démon un peu moins con et surtout un peu plus couillu. Le scénario n'est pas sensationnel non plus, aux ressorts psychologiques sans reliefs et des explications jetées aux orties au profit d'une efficacité assez discutable. Fort heureusement, le film est techniquement parfait. La réalisation très léché de Mikael Hafstrom confirme tout le bien que l'on pensait de lui avec Chambre 1408. Il livre d'ailleurs une peinture peu commune de Rome (mise à part peut-être le gros plan sur une Fiat Multipla), avec des bonnes-soeur qui fument au volant et des McDonald trônant au milieu d'une place peuplé de resto italiens (en résumé : la domination américaine sous toutes ses coutures). De même, la musique d'Alex Heffes étonne puisque jouant assez peu sur l'effet de terreur, préférant lorgner du coté d'une ténèbreuse mélancolie. Enfin, élément essentiel à tout bon film d'horreur qui se respecte : les bruitages. Exempt de tout défaut, il font preuve d'une belle spatialisation (les effets d'echo lors de l'exorcisme final sont épatants) et d'un travail plus qu'honorable lors des multiples déformations de voix. Le tout relayé par des effets-spéciaux d'excellentes qualités (en particulier la représentation du mulet démoniaque).

Le Rite n'est donc pas la grande trouille escomptée. Le film de Mikael Hafstrom souffre d'une banalité chronique et d'un héros peu charismatique. Heureusement que la mise en scène appliqué du réalisateur et un Anthony Hopkins possédé sont là pour rendre l'aventure sympathique et attrayante.