24_Heures_Avant_La_Nuit

Genre : Drame

Réalisateur : Spike Lee

Synopsis :

Les dernières 24 heures de liberté de Monty Brogan, trafiquant de drogue, avant son séjour de 7 ans à la prison d'Otisville. Pour fêter dignement son départ, il organise une soirée avec ses deux amis d'enfance ainsi que sa petite copine, qu'il soupçonne de l'avoir dénoncé.

62256258


Avis :

Spike Lee délaisse son engagement pour la communauté noire pour dépeindre la complexité de la société Américaine post 11 Septembre 2001. 24 Heures Avant La Nuit est un film coup de poing dont on en ressort groggy.

Les attentats du 11 Septembre 2001 n'ont pas seulement engendrés cette guerre entre les chevaliers du monde Occidental et les terroristes du Moyen-Orient, mais a aussi affaiblis les fondations d'une population Américaine confiante. Dans 24 Heures Avant La Nuit, l'envahissante absence des Tours Jumelles habite chaque scènes à tel point qu'elles deviennent des personnages à part entière. De ce générique, ou Spike Lee représente de façon abstraite et quasi religieuse le fantôme du Wall Trade Center, à ce final d'une reconstruction familiale idyllique, le film brosse le portrait d'une laborieuse marche vers la rédemption et le renouveau. Le film de Spike Lee fait preuve d'une poignante finesse dans sa façon d'aborder les attentats et ses conséquences. On découvre, à travers l'ultime chemin de croix de Monty Brogan, une société recroquevillé sur elle même, méfiante, xénophobe (le puissant monologue haineux de Monty envers les différentes ethnies qui composent l'identité de New-York), instable, cherchant inexorablement des coupables à leurs maux. Ce cratère fumant, infertile, qui défigure désormais le centre de Manhattan est le symbole même de la chute de cette société dont la présomptueuse puissance masquait jadis un vide et une haine enfouis sous l'argent et le pouvoir. Cette décomposition se retrouve à l'echelle de la vie de Monty, se détériorant lentement depuis son arrestation, que l'on découvre par des flash-back nous permettant de retourner ponctuellement au source de cette lente chute. Spike Lee organise avec 24 Heures Avant La Nuit une magnifique marche funèbre nocturne en nous immergeant un peu plus dans les travers de cette société paradoxale, se raccrochant sur des choses futiles (Frank et son classement des célibataires à l'aide de son fumeux système de pourcentage) tout en faisant preuve d'un idéalisme totalement déconnecté de la réalité (symbolisé par le personnage de Jacob).

24_Heures_Avant_La_Nuit_3

Comme à son habitude, le cinéaste ne prend pas de gants quand il s'agit de dépeindre la société Américaine telle qui l'a voit, c'est à dire avec toutes ses contradictions. Spike Lee sait encore nous interpeller aussi bien auditivement (douloureux passage à tabac d'un chien qui accompagne l'apparition du logo Touchstone au début du film) que visuellement (une incandescente séquence dans la boite de nuit d'un ami de Monty) sans en faire de trop. Le film nous touche par l'universalité de son message, le cinéaste lui donnant une ampleur quasi-biblique inattendu, sans pour autant verser dans le prêchi-prêcha nauséeux (le personnage de Monty tentant désespérément d'echapper à sa sentence). Une surprise puisque, en gardant sa verve contestataire qui est devenu sa signature, le réalisateur parvient tout de même à la contenir, à renouveler son propos et à la diffuser de façon plus subtile au sein de son histoire. Dans ce chantier qu'est 24 Heures Avant La Nuit, le style visuel de Spike Lee demeure intact, avec toujours ses travelings frontaux collés aux personnages et bénéficiant toujours d'une excellente photographie bleuté. La musique, composé par Terrence Blanchard, créer une superbe ambiance à mi-chemin entre le jazz et la musique religieuse oriental en total adéquation avec le discours universel et fédérateur du film. Mais c'est surtout le casting qui donne au film ses lettres de noblesse. Edward Norton est sidérant et parfaitement crédible dans le rôle de Monty. A ses coté, Barry Pepper et Philip Seymour Hoffman campent impeccablement les amis de Monty, et Rosario Dawson joue un rôle pivot dans la reconstruction mentale de Monty. Enfin, Brian Cox ferme brillamment la marche et impose une fois de plus son talent à l'ecran à travers le magnifique rôle du pére de Monty.

Plus que la description des dernière 24 heures d'un futur taulard, 24 Heures Avant La Nuit est avant tout un récit initiatique puissant d'un New-Yorkais au coeur d'une société dissonante. Magnifique et poignant, Spike Lee signe sûrement l'un de ses plus beaux film.