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Genre : Thriller

Réalisateur : Jaumet Collet-Serra

Synopsis :

Le professeur Martin Harris et sa femme Elisabeth sont en voyage à Berlin pour présider une convention sur les biotechnologies. En allant récupérer une valise oubliée à l'aéroport, le taxi de Martin est victime d'un accident, se retrouvant alors dans le coma. A son réveil, il découvre qu'un inconnu lui à volé son identité.

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Avis :

Auteur du sympathique remake La Maison de Cire et de l'excellent Esther, Jaumet Collet-Serra tente de se frailler un chemin dans les dédalles du thriller d'espionnage avec Sans Identité.

Sans Identité de Jaumet Collet-Serra se situe au carrefour du cinéma d'Hitchock, de Polanski et de Greengrass. Le réalisateur espère pouvoir tirer son épingle du jeu, créer une nouvelle référence comme il a su brillamment le faire dans le genre du "gamin serial-killer" avec Esther. Mais, si la réussite de son précèdent film jouissait en grande partie de son twist final renversant, son nouveau, quant à lui, en patit grandement. Car mixer autant d'inspirations et de références n'est pas sans risque dans le genre et le réalisateur peut assez vite se retrouver embourber dans une intrigue totalement abracadabrante. Collet-Serra fait pourtant parfaitement illusion pendant 1h20, laissant sa situation initiale se développer lentement. Il s'en dégage une sensation de danger prégnante qui donne l'eau à la bouche. Le jeu d'un Liam Neeson tout droit sortit d'un Taken fait encore des étincelles, l'acteur prouvant une fois de plus qu'il peut facilement se muer en homme d'action ordinaire. La réalisation est classieuse à défaut d'être renversante (la mise en scène des souvenirs est tout sauf original) mais bénéficiant tout de même d'une pointe de recherche esthétique de la part du cinéaste (en particulier les cadrages qui tanguent légèrement, permettant d'instiller une espèce de vertige Hitchockien plutôt efficace) et d'une brillante photographie. On profite également d'une intrigue efficace qui ne cherche pas à donner dans le grand-n'importe quoi scènaristique, se gardant un semblant de crédibilité pour ne pas perdre trop tôt le spectateur. L'ensemble du casting se révèle aussi très bon, en particulier Bruno Ganz, toujours aussi imposant quant il faut personnifier une page sombre de l'histoire de l'Allemagne, et January Jones, qui fait preuve d'un flamboyant charisme en incarnant avec grâce l'héroine Hitchokienne parfaite. Étonnamment, c'est Diane Kruger qui convainc le moins pendant ses trois premières demi-heures de métrage.

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Notons également cette peinture sociale et historique très juste de l'Allemagne à travers le personnage de Diane Kruger, chauffeur de taxi immigré, et celui de Bruno Ganz, ancien sergent de la Stazi. Un supplément qui donne un peu de profondeur à un Berlin filmé dans son plus simple appareil. Mais, après les pérégrinations mouvementés du professeur Harris à l'hôpital (scène bénéficiant d'un beau suspens) et en taxi (une séquence qui fait preuve d'une belle énergie mais qui n'égale cependant pas celle de Paul Greengrass dans La Mort Dans La Peau), le temps des révélations est venu. Un passage qu'il faut négocier avec beaucoup de finesse au risque de faire sombrer l'histoire dans une cacophonie de révélations pachydermiques. En résumé : ça passe ou ça casse. Malheureusement, Jaumet Collet-Serra et ses deux scénaristes sautent les pieds joint dans la démence grand guignolesque, nous proposant une révélation tellement invraisemblable et capilotractée que le résultat en devient presque parodique. Cela fait d'autant plus mal au bide quand on constate que la lourde tâche est léguée à Frank Langella, immense acteur s'il en est, qui se retrouve ici à jouer le messager monolithique, nous réservant tout de même un magnifique moment riche en fou rire (sa rencontre avec Bruno Ganz est LE climax comique du film). Sans Identité aura alors bien du mal à retrouver de son efficacité et de sa crédibilité, l'ingratitude envers Frank Langella et son personnage se poursuivant jusqu'à sa fin. L'action reprend de plus belle avec un final explosif honnête et un sympathique épilogue ou plane l'ombre d'Hitchcock. Mais qu'importe, le mal est fait et le spectateur garde en mémoire ce twist grossier qui ne sert à rien si ce n'est de faire entrer sagement le film dans le rang des thrillers pré-fabriqués.

Sans Identité est donc un sympathique thriller qui commence bien mais qui fini sur un grand n'importe-quoi général, se payant même le luxe de ridiculiser Frank Langella pendant 10 minutes. Cela dit, le film se laisse voir sans réel déplaisir.