Droit_de_Passage

Genre : Drame

Réalisateur : Wayne Kramer

Synopsis :

Le destin d'un jeune coréen, d'une chanteuse australienne et de son ami anglais de confession juive, d'un agent de l'immigration et de son équipier d'origine iranienne, d'une jeune Bangladeshi, d'une avocate et de son mari qui arbitre décision concernant l'attribution d'une carte verte, tous confronté aux problèmes de l'immigration.

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Avis :

Après Lady Chance et La Peur Au Ventre, Wayne Kramer revient avec un film choral sur l'immigration aux Etats-Unis. Un véritable bijou de sobriété.

Droit de Passage a eu un parcoure tout aussi dur que les différents protagonistes qu'il met en scène. Tourné en 2007, le film de Wayne Kramer a subit les foudres d'une association américano-iranienne, ce qui a conduit à la suppression des séquences mettant en scène Sean Penn, ainsi que des producteurs (les frères Weinstein) demandant le raccourcissement du film, celui ci passant alors de 2h20 à 1h50. Sans compter le déficit de la maison de production, incapable de distribué le film correctement. Résultat : le film est sortit en catimini en 2009 aux États-Unis, et en Août 2010 chez nous. Il est vrai que Droit de Passage ne réunit pas les ingrédients pour triompher au box-office. Pourtant, ce film est un magnifique drame choral, qui aborde avec beaucoup de justesse l'immigration sous toute ses coutures. Wayne Kramer, qui en a signé également le scénario, dépeint avec beaucoup d'humanité ses personnages, plongés des les affres d'une société américaine bureaucrate et paranoïaque. Comme dans Collision, les personnages ne sont pas méchants ou gentils : ils sont humains et faibles. Entre des américains "de souche" qui tentent tant bien que mal de rendre les procédures plus humaines (l'avocate Denise Frankel, l'agent de l'immigration Max Brogan), ou d'autres qui abuse de leur position afin d'échapper à la linéarité de leur quotidien (le fonctionnaire Cole Frankel), des immigrés perdu dans leur culture (le jeune coréen, l'étudiante Bangladeshi), et d'autres prêt à tous les sacrifices pour obtenir leur place dans le système (la jeune chanteuse australienne, la fantomatique ouvrière mexicaine). Tous ces destins se mêlent dans une intrigue qui aborde la religion, la politique, l'éducation et le rêve américain avec beaucoup de lucidité et de vérité. Sans jamais noircir le tableau ni le rendre plus glorieux, Wayne Kramer (qui a bénéficié à titre personnel de la naturalisation américaine) livre un regard à la fois désabusé mais optimiste sur sa patrie d'adoption et évite toutes leçons de morales.

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Le cinéaste prend d'ailleurs conscience de l'effet de domino inhérent au genre et à son récit, chaque personnes agissant sur le destin d'une autre. Le film évite pourtant de créer des imbrications artificielles, conservant un fil conducteur cohérent et vraisemblable avec l'histoire de chaque protagonistes. Wayne Kramer nous fait ressentir le poids du destin par de symboliques vues aériennes de Los Angeles. Sa réalisation se montre sobre, mais elle sait également se faire entendre au bon moment par quelques jolies effet de caméra. L'autre atout majeur de Droit de Passage par rapport aux autres films du même genre (je pense à Collision), c'est qu'il n'en fait jamais trop dans l'émotion. Même les rares effusions lacrymales ne verse jamais dans le grand-guignol, gardant cette sincérité que le cinéaste a installé dés le début du film. C'est poignant, douloureux, mais jamais dans l'outrance. Remercions en cela les acteurs, qui sont tous parfaitement justes dans leur interprétations. Il y a les poids lourd comme Harrison Ford, Ashley Judd et Ray Liotta, qui soutiennent le film, et il y a des seconds rôles qui montre toute l'étendu de leur talent. Parmi eux, on retiendra Cliff Curtis, excellent en coéquipier de Ford dont les parents sont sur le point d'être naturaliser; Alice Eve, émouvante en immigrée prêt à tous les sacrifices pour obtenir sa carte verte; et Summer Bishil (la jeune irakienne dans Towelhead), déchirante en étudiante perdue dans ses convictions. Le tout parfaitement relayé par la sublime musique de Mark Isham, confirmant ses talents de compositeur dans le registre du drame choral.

Droit de Passage est donc un film bouleversant mais pas moralisateur, invitant le spectateur à se pencher sur la question de l'immigration aux États-Unis (qui plus est que la France possède désormais le même probléme que les États-Unis sur ce terrain là). Des histoires poignantes mise en scène avec une virtuose sobriété.