Le_Nouveau_Monde

Genre : Aventure

Réalisateur : Terrence Malick

Synopsis :

L'arrivée de colons Anglais sur les terres de Virginie, et la relation entre John Smith, un capitaine anglais, et la fille d'un chef amer-indien.

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Avis :

Dernier film de Terrence Malick en date (avant la sortie prochaine de Tree of Life), Le Nouveau Monde est un film enchanteur autour de la nature et de la naissance d'une femme.

Terrence Malick est un cinéaste très particulier qui a la réputation de faire parler bien plus ses images que ses acteurs. Il atteint avec Le Nouveau Monde les cimes de la poésie contemplative, créant ainsi un terreau fertile à cette pur histoire d'amour. Car le récit n'a pas pour unique but de raconter, d'un point de vue historique, l'installation des colons Anglais sur le territoire Américain, mais s'axe bien plus sur le récit de la culture amer-indienne ainsi sur la maturation d'une jeune fille en pleine quête d'identité. Ici, le réalisateur se fait maitre du panthéisme : sous les yeux du cinéaste, John Smith et Pocahontas consomment leur amour florifère au milieu d'une nature protectrice. Le cinéaste parle d'amour, de passion, de mort et de massacre en invoquant systématiquement le visage de cette nature luxuriante mais souillé sous l'emprise de l'homme moderne. Le spectateur qui se donnera alors la peine de se plonger corps et âme dans ce bain de mysticisme comprendra alors tout ce que le cinéaste cherche à dire par les images et leur montages. Rien n'est démonstratif : toutes les idées et les émotions sont véhiculés par des images d'une beauté folle. De même, le montage est tout sauf classique, utilisant avec parcimonie jump-cut et décalage voix-image comme pour accentuer le malaise de John Smith de retourner vers sa colonies, ou il n'est perçu que comme un renégat. Mais Terrence Malick n'admire pas seulement la nature à une échelle macroscopique, mais la contemple également à l'échelle microscopique, à savoir l'âme des trois personnages principaux : John Smith, Pocahontas, et John Rolfe, qui n'apparait qu'au bout de 1h45 de métrage. Ces longs monologues nous délivrent alors les clés de leurs émotions, établissant par la même occasion une connexion spirituelle entre la nature et les personnages qui la peuple.

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Il devient donc totalement inutile de chercher avec Le Nouveau Monde un quelconque esprit de conquête, d'espérer des grandes batailles et des chevauchés fantastiques. Bien que la mise en scène de Terrence Malick, tout comme la musique qui l'accompagne, soit puissamment opératique (la magnifique arrivée des caravelles sur les berges de Virginie enveloppé par la somptueuse composition de Wagner), nous pouvons tout juste compter sur quelques attaques d'indigènes afin de pimenter l'intrigue de quelques fulgurances. Le manque d'action n'empêche cependant pas l'ivresse de nous gagner face à l'authenticité et la pudeur des sentiments misent en jeux. Le reste du film est donc dévolue à cette vibrante relation platonique animant John Smith et Pocahontas, ainsi qu'à sa métamorphose en cette femme moderne. Car le film est aussi une ode à la jeunesse et à l'humanité pur. L'arrivée des Anglais signe à la fois la fin de la virginité du continent, mais également celle de cette jeune fille pervertie par les codes du monde Occidental. Le Nouveaux Monde n'en n'oublie pas pour autant le caractère légendaire de cette histoire et c'est donc en toute logique que l'on retrouve un découpage en chapitre qui, en plus de bénéficier de titres délicieux, permettent d'entretenir l'esprit littéraire d'un film profondément romantique. Mais, sous la magistrale mise en scène du cinéaste, la colonie d'acteurs s'acharne et déploie des trésors d'interprétations. En tête de ce brillant cortège, l'excellent Colin Farrell, qui n'a jamais paru aussi fragile et poignant que dans la peau de ce John Smith, et Q'Orianka Kilcher jeune actrice éblouissante de calme et de volupté dans un rôle qui n'est pas toujours facile à porter.

Le Nouveau Monde est donc une expérience aussi magique, passionnante et poignante qu'un couché de soleil. Terrence Malick capte magnifiquement l'essence de cette période pour nous livrer un somptueux ballet des sens et des émotions, situé à des années lumière de ce que nous offre le cinéma d'aujourd'hui.