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Genre : Fantastique

Réalisateur : Anno Saul

Synopsis :

David est un peintre à succès qui trompe sa femme. Alors qu'il est chez sa maitresse, Léonie, sa fille, tombe dans la piscine et se noie. Cinq ans plus tard, David, qui se sent responsable de la mort de sa fille, trouve par hasard un tunnel qui lui permet de retourner dans son quartier cinq ans dans le passé.

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Avis :

Une fois de plus, l'éditeur Seven Sept nous gratifie d'un excellent inédit en salle : The Door, de Anno Saul, film fantastique primé au dernier festival de Gerardmer.

Il fut un temps ou être primé au festival de Gerardmer vous octroyait le ticket pour une exploitation en salle. Malheureusement, comme on l'a constaté avec Moon et avec ce The Door, les distributeurs ne veulent plus prendre la peine de diffuser en salle d'excellents produits, les reléguant à une simple sortie en video. Heureusement que, chez nous, nous avons Seven Sept, un magnifique éditeur qui nous avait déjà gratifié des excellents The Killing Room et No Limit, et qui prend la peine de sortir ses films sur support DVD et Bluray. Voici donc venir The Door (Die Tur en version original), film allemand qui à reçu la Grand Prix au festival de Gerardmer 2010. Anno Saul, son réalisateur, nous conte l'histoire de David, un ancien peintre trouvant un passage secret bien dissimulé dans un fourré qui lui permet de sauver sa fille, morte noyée cinq ans auparavant. Mais en voulant refermer une plaie de son passé, il en ouvre une autre en tuant involontairement son double. Il est donc contrait de reprendre sa place de père. Mais sa fille n'est pas dupe : elle sait que sont père n'est pas le sien. Celui ci lui invente alors des tas d'histoires afin de se justifier, pour finalement se métamorphoser en un ange-gardien aux yeux de la fillette. Tout l'intérêt du film de Anno Saul est de montrer cette seconde chance. Celle si a un prix : il faut se tuer soi même, enterrer toutes les fautes commises, et entamer cette nouvelle renaissance tant attendu. Une réalité parallèle aux faux airs de jardins d'Eden, bien plus proche du purgatoire que du paradis fantasmé. Une première partie aux accents dramatiques, brassant impeccablement tous les ingrédients du fantastique, du voyage temporelle et de la quête identitaire qui en découle.

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Parce que David n'est, au final, personne : ce n'est plus le père, ni l'amant, ni le mari, encore moins l'ami ou le voisin que tout le monde a connu. Ce n'est plus ce peintre bourré d'inspiration et qui posait un regard critique sur sa vie de famille (à l'instar de ce tableau monstrueusement poétique, ou il dépeint la relation entre sa femme et sa fille). En traversant ce tunnel, il a perdu tout ce qui fessait de lui un être social puisque il n'est plus reconnu par la société. Le film penche alors lentement vers le thriller paranoïde. Une partie qui redonne une nouvelle dimension à l'intrigue et un sérieux coup de fouet au film en y incorporant un magnifique rebondissement. The Door devient alors une sorte de remake du Prisonnier, ou le héros parachuté se trouve pris en otage dans un microcosme tout sauf ordinaire. Malgré tout, la fin laisse tout de même une question en suspend : quand est t-il de l'effet papillon (symbolisé dans le film par un papillon) ? Le réalisateur et le scénariste ne voulait peut-être pas s'embourber dans des causalités spatio-temporelles brumeuses, qui auraient détournées le spectateur du drame familiale qui se joue devant leurs yeux. C'est peut être aussi parce que ce n'est pas une réalité parallèle mais bel et bien le purgatoire que le cinéaste nous dépeint (Pourquoi David ne dépasse jamais l'espace du quartier ?). Surtout que l'ambiance musicale amplifie ce ton résolument mystique, genre The Fountain (magnifique générique d'ouverture tout à fait dans l'esprit du film d'Aronofsky). Les acteurs sont, quant à eux, excellents. Mads Mikkelsen prouve une fois de plus son talent en incarnant avec beaucoup de justesse un père meurtri. Jessica Schwarz est elle aussi très convaincante en mère dévoué. Mais c'est surtout l'interprétation de Thomas Thieme qui retient l'attention dans le rôle du ténébreux voisin.

The Door est donc un excellent film fantastique humble, ambitieux et réussit, qui aurait mérité une sortie sur les écrans français. Heureusement que les éditeurs prennent la relève des distributeurs.