Negociateur

Genre : Action

Réalisateur : F. Gary Gray

Synopsis :

Accusé d'avoir assassiné son coéquipier et piquer de l'argent dans la caisse d'invalidité de la police, Danny Roman, négociateur, prend en otage la brigade interne afin de clamer son innocence. Le négociateur Chris Sabian est en charge de cette prise d'otage.

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Avis :

F. Gary Gray arrive avec Négociateur, un film qui sent bon le réchauffé. Et pourtant, ce thriller d'action est sans nul doute l'un des films les plus réussis que compte ce genre.

Il y a des films qui brillent par leur originalité, qui réaménage à leur goût les codes du genre, qui vous émerveillent par leur beauté plastique. De ce fait, il deviennent des incontournables, des œuvres cultes ou à voir absolument. Mais dans ce bac, on peut également y trouver des travaux certes peu originaux, mais mené avec une telle aisance et un tel savoir faire en matière d'efficacité qu'il vous cloue au fauteuil. Négociateur fait parti de ce type de film. Ici, F. Gary Gray n'invente rien : le flic accusé, acculé, seul contre tous, et qui crie son innocence du haut de l'immeuble de la police des polices. Le polar du début se transforme en film d'action, empruntant alors des éléments aux références du genre (on pense de suite à Piège de Cristal). Évidemment, l'intrigue se clôt sur un petit twist concernant l'identité du cerveaux de l'affaire. Rien de bien extraordinaire en ce qui concerne le récit. A charge donc à Gray de dynamiter tous cela, et il y arrive sans probléme. Après un générique des plus efficaces (enveloppé par le sublime Rise de Craig Armstrong), le réalisateur nous immerge dans le quotidien de Danny Roman à travers une prise d'otage familiale classique mais fichtrement palpitante. Immersion réussit puisque, en plus de prendre contact avec notre héros, on prend la température de ce que vas être les 2h20 de film. Après avoir bien exposé les faits et foutu en l'air la routine du personnage principal par l'assassinat de son coéquipier, le réalisateur se lance dans un suspens implacable, parsemé de personnages secondaires, certes peu développés, mais qui ont le mérite d'exister au sein de l'intrigue. On peut d'abord remercier Gray de ne pas avoir donner à son personnage un ton trop mélancolique, de ne pas l'avoir adoucis tout cela parce qu'il est innocent. On sent, dans les actes de Danny, toute sa rage et toute sa déception de constater que ses collègues sont prêt à le tuer plutôt qu'à le soutenir. Un personnage fort que Gray n'hésite pas à mettre en avant.

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L'autre grande qualité du Négociateur, c'est qu'il tient en haleine jusqu'au bout. Les 140 minutes que compte le métrage passe comme une lettre à la poste grâce à la constante relance de l'intrigue par de micro évènements : une attaque, un mort, des preuves que l'on découvre. F. Gary Gray ne relâche donc jamais la tension, et créée un film d'action noir d'une étonnante ampleur visuelle (magnifiques plans de nuit sur la ville), plongeant le spectateur dans un terriblement sentiment d'impuissance. Autre point important : la confrontation. Il fallait finement exploiter l'opposition des deux négociateurs pour ne pas tomber dans les conventions et mécanismes du genre (manipuler le preneur d'otage avec sa femme, lui faire perdre du temps, détourner l'attention), et surtout pour que le héros fasse judicieusement appelle à ses talents dans le domaine. Ici, le personnage de Danny reste donc un homme déterminé, tirant habillement les ficelles, flairant tout de suite le danger et anticipant les brèches possibles dans sa stratégie. Sa confrontation avec Chris Sabian n'en demeure pas moins moite et tendu, surtout que les deux hommes ne se cache jamais rien de leur intentions. On peut comparer cet affrontement à celui d'un western, genre habilement surligné par la réalisation (en partie par l'utilisation des très gros plan). Un duel magnifié par l'interprétation d'un Samuel L. Jackson exemplaire, crédible aussi bien dans les morceaux de bravoure que dans les séquences faisant la part belle à l'émotion, et par un impeccable Kevin Spacey. Un duo en or complété par un prestigieux casting, ou l'on retrouve l'excellent David Morse et l'imposant J.T. Walsh dans son avant dernier rôle au cinéma.

Négociateur n'invente donc rien, ne faisant que recycler les codes du genre. Mais le suspens et l'action est mené tambour battant par l'efficace réalisation de F. Gary Gray.