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Genre : Drame

Réalisateur : Alan Ball

Synopsis :

L'éveille sexuelle de Jazira Maroun, Américaine d'origine Libanaise, qui fait face également aux insultes racistes envers ses origines ainsi qu'au divorce tumultueux de ses parents.

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Avis :

Tabou(s) (plus connu sous le nom de Towelhead aux Etats-Unis) n'a pas eu le droit d'une sortie sur grand écran en France. Un choix qui parait tout de suite plus compréhensible après avoir vu le long métrage.

Alan Ball (scénariste de American Beauty et créateur de la série Six Feet Under) n'y va pas par le dos de la cuillère quand il s'agit de traiter l'éveil sexuel d'une jeune adolescente, c'est le moins que l'on puisse dire. Et pour une fois, le titre français ne nous trompe pas sur la marchandise. Tout tourne ici autour du sexe, plus précisément celui d'une jeune Américaine d'origine Libanaise, qui se voit envoyé chez son père afin de resserrer un peu les boulons. Le film explore alors la quête identitaire de cette fille de façon frontale : premières règles, défloration, orgasme (ce qui permet une fois de plus à l'auteur de traiter de l'homosexualité), découverte de son corps et épilation du maillot. Un voyage initiatique qui ne se passe pas comme prévue et dont Alan Ball tente d'en expliquer les origines. Ici, il met en avant le probléme fondamental de notre société : le tabou. Jazira apprend ce qu'est le sexe, le rapport consentant ou non à ses dépends, son père évitant tout dialogue sur le sujet et l'école ne semblant pas prompt à aborder ce genre de sujet, essentiel au bon développement physique mais aussi psychologique de l'adolescent. Le cinéaste montre parfaitement cela, puisque ce n'est que quand Jazira aura pris conscience de sa beauté et de son impact sur autrui qu'elle se fera pleinement propriétaire de son corps. Une pudeur morale qui tranche avec cet étalage constant de nibards et d'autres poitrines généreuses (aspect explicité par le sous-titre du film : "Nothing is Private"). On reconnait ici donc la patte de Ball, sa passion d'ausculter les mœurs de notre époque (avec toujours les banlieue pavillonnaire comme prison) et de nous les renvoyer violemment à la figure (les séquences en questions sont explicites au possible). Le film aborde donc un thème essentiel pour notre époque sous un angle certes peu flatteur mais terriblement réaliste.

Alan Ball aborde également la question de l'intégration avec beaucoup de franchise et sans céder aux clichés. Le père, Libanais catholique qui applique des règles ultra stricte associé à la religion musulmane, est au centre de toutes les intentions. Il pioche un peu partout, décide de tout et son contraire dans le seul et unique but de se démarquer de la masse (se définissant comme ayant "l'art de cultiver deux opinions antagonistes"), se retrouvant tout aussi perdu que sa fille d'un point de vue purement sociologique. Ball montre également que l'amalgame d'aujourd'hui autour des populations de couleurs ou d'origine Arabes est antérieur aux attentats du 11 Septembre, voir même antérieur à l'époque décrite dans le film (l'idée de race "punching-ball" traverse parfois le film, notamment via la figure du petit ami noir). La critique sociale est donc belle est bien présente (même si parfois cela n'est pas flagrant), féroce d'un bout à l'autre du métrage sans jamais faiblir. Techniquement, le film est réussit, flanquer d'un brillant sens du cadrage et de la lumière (magnifique jeu de contraste durant les scènes opposant Jazira et M. Vuoso). La performance des acteurs est remarquable, notamment l'impressionnante Summer Bishil, ainsi que Aaron Eckhart, apportant ce qu'il faut de nuance à son personnage de réserviste pervers. Seul le montage vient trahir le manque d'expérience du cinéaste dans la gestion temporelle de ses séquences.

Tabou(s) est donc un film maitrisé et réussit sur la propriété de son corps. Cru et sans détours, voila un long-métrage à conseiller aux collégiens afin de les sensibiliser à l'acte sexuel dans ce qu'il peut avoir de plus sincère et de plus compulsif.