Fair_Game

Genre : Thriller

Réalisateur : Doug Liman

Synopsis :

Valerie Plame, agent à la CIA, est nommé responsable de l'enquête concernant le trafique de tubes d'aluminium entre le Niger et l'Irak, destiné à enrichir l'uranium.

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Avis :

Après un oubliable Jumper, Doug Liman revient avec un film sur la guerre en Irak plus maitrisé qu'il n'y parait, mêlant enjeux politique et drame intimiste.

Il est devenu commun de voir des films ausculter la récente guerre en Irak. Que cela soit d'un point de vue psychologique (Dans La Vallée d'Elah, Démineur) ou militaire (Green Zone), tout semble alors avoir été dit sur l'intervention Américaine sur le territoire de l'oncle Sadam. Fair Game arrive donc aujourd'hui après la bataille, son pitch augurant un thriller quelque peu dépassé, aux sources épuisés, le film de Paul Greengrass ayant précédemment exploiter le filon ADM d'un façon plus musclée que le film de Liman. Pourtant, le réalisateur (responsable tout de même de La Mémoire dans la Peau) lance ici une piste que personne n'avait exploité jusque là, pour finalement aboutir à un film unique. La démarche intimiste proposé par le cinéaste se rapproche  celle de Michael Mann pour son monumental Révélations. Ici, la démarche politique et juridique, l'enquête et la manipulation médiatique permet d'amorcer l'érosion du couple Plame-Wilson. Chaque accusation, chaque interview, chaque menace vient dissoudre l'unicité du couple, faisant émerger cette mutuelle perte de confiance désormais inhérente à notre société. Alors certes, Liman n'atteint pas le génie ou l'efficacité de Michael Mann (la première demie-heure, bien qu'indispensable et intéressante, se révèle parfois un peu mollassonne), la démarche et les intentions sont présentes, l'intrigue prenant véritablement son envol lors d'une seconde partie volcanique.

Malgré cette attention toute particulière au drame que vit le couple, le film ne perd jamais de vue le fond politique de l'affaire. Doug Liman sait ici nous indigner, attirer la sympathie du spectateur sur ses deux personnages principaux, sans pour autant céder à la niaiserie ou à l'émotion facile. De même que les opinions politiques ne sont pas catégoriques ou monochromes, le réalisateur recourant à des effets narratif du plus bel effet (les repas entre amis, très utiles pour appréhender de façon succincte l'opinion de la population Américaine). Liman va aussi très loin dans la critique du système Américain, le comparant de façon subtile aux dictatures Africaines, le tout avec une pointe de manipulation, ancré dans les gènes de nos sociétés (la bouleversante confession de Valerie sur son recrutement à la CIA ou bien cette scène quasi surréaliste ou un hélicoptère Américain dissémine des milliers de tractes dans tout Bagdad). Une peinture peu reluisante de la société Américaine que seul l'épilogue, aux élans citoyen, vient égayer. Le cinéaste ne ménage pas ses efforts pour sublimer ce passionnant récit, réalisant de très belles joutes verbales filmés comme des scènes d'action (les scènes de ménages entre Valerie et Jo) et dirigeant magnifiquement ses acteurs (le couple Namomi Watts / Sean Penn est exceptionnel, Bruce McGill et Sam Shepard sont parfaits).

Doug Liman parvient avec Fair Game à mêler brillamment drame intimiste et thriller judiciaire à travers un film profondément engagé. Une mise en place plus dynamique aurait transformé ce film en petit chef d'œuvre.