Bobby

Genre : Drame

Réalisateur : Emilio Estevez

Synopsis :

Dirigeants, employés et clients de l'Ambassador Hotel vont assister à l'assassinat de Bobby Kennedy lors d'une soirée organisé dans le cadre des primaires en Californie.

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Avis :

Emilio Estevez se propose d'immortaliser l'assassinat de Bobby Kennedy à travers un drame choral sincère mais qui manque de souffle.

Il est difficile de s'atteler à la reconstitution d'un évènement historique, qui plus est quand celui ci implique un symbole du nouveau monde libre, est encore plus quand le point de vue adopté est celui de plusieurs personnages, autant d'entités que de convictions servant ici à tendre une toile de fond socio-politique crédible et pertinente. Il est donc étonnant, voir incompréhensible qu'un artiste de la trempe d'Estevez se soit investit d'un tel cérémonial. Car, bien que Bobby ne soit pas son tout premier film, et qu'il soit un excellent acteur très souvent sous-exploité dans des rôles de gentil toutou du héros, Emilio Estevez n'a jamais prouvé son talent de cinéaste sérieux et profond. Chose qu'il prouve avec ce drame choral touchant, intéressant mais peut-être un peu trop ambitieux. Car traiter 22 personnages exige un développement à la fois concis et profond, chose que ne semble pas savoir faire le réalisateur. Car, si les personnages sont décris avec beaucoup de sincérité sans jamais tomber dans le banal (le chef cuisinier noir) ou le grotesque (magnifique portrait d'une chanteuse alcoolique), leurs exploitations demeure quant à elle très inégales.

Tantôt très bien traités (les cuisiniers mexicains face au chef noire et au responsable blanc, l'ancien portier), tantôt délaissés (les étudiants défoncés, le jeune couple) voir totalement inutiles (le couple bobo, la standardiste noire, la serveuse), les personnages lévite tel des fantômes dépourvu de tout discours engagé ou réflexif. Du coup, on a juste l'impression d'assister à des tranches de vies à l'intérêt variable, et qui semble pas démontrer réellement leur utilité dans la description de cette époque. Il manque aussi au film d'Estevez un souffle qu'il ne trouve pas ou peu pendant cette longue présentation de personnages, ainsi qu'un peu de vigueur dans les sentiments misent en jeu. Heureusement, le casting se révèle excellent, avec en tête Demi Moore en chanteuse alcoolique, ainsi que Anthony Hopkins qui incarne à la perfection les vestiges d'une époque qui semble révolu. Mais le miracle intervient lors des 20 dernières minutes avec l'assassinat de Bobby. A ce moment du film, on sent Estevez totalement investit par son film, le souffle lyrique se fait sentir au plus haut point, et le vertige de voir autant de vies blessées par cet évènement bouleverse totalement. Un final qui rattrape brillamment le début longuet ainsi que le manque de profondeur de certains personnages.

Bobby est donc un film choral sincère mais qui manque de punch et de profondeur. Heureusement, la vertigineuse dernière demi-heure tire le film par le haut.