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Genre : Thriller

Réalisateur : Michael Haneke

Synopsis :

Georges Laurent, animateur d'une émission littéraire, est depuis peu la cible d'un voyeur qui lui envoie régulièrement des cassettes de sa maison, mettant ainsi sa vie sans dessus dessous.

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Avis :

Adulé ou détesté, Haneke ne laisse pas indifférent. Ici, il met son talent et son style au service d'un suspens atypique et solide qui nous plonge au cœur des problèmes d'un couple.

Comme toujours chez Haneke, la trame principal n'est qu'un alibi pour décortiquer la vie d'un couple, en employant un point de vue critique sur les apparences de la société bobo. Alors que l'on croit George et sa femme Anne unie, un sombre inconnu, qui se complait à filmer la facade de leur cocon, vient atomiser les soudures du couple. Alors il y a cette intrigue purement policière (bien qu'on voit très peu les tuniques bleu nuit des forces de l'ordre), ou le (ou les) coupable(s) semble tout désigné(s) mais qui, par la force des personnages et de leurs interprétations (dont un Maurice Benichou d'une foudroyante authenticité), sème le doute dans notre esprit. L'intrigue est rondement mené, avec un rythme certes lent (assez habituel chez ce cinéaste) mais qui vous happe dans cette spirale infernale dans laquelle s'enferme irrémédiablement notre héros. La résolution finale quant à elle reste volontairement flou même si, durant le générique de fin, on y voit un semblant de piste. La mise en scène du film est excellente car mettant en abime le statut de voyeur du réalisateur. A plusieurs reprise, on se demande si les images capturées sont prises par la camera du cinéaste ou par celle du voyeur. Le film met donc véritablement à profit notre cerveaux et notre sens de l'analyse, impliquant personnellement le spectateur dans cette intrigue assez monstrueuse.

Mais l'atout indéniable de ce récit, c'est cette dissection des rapports humains au sein de la cellule familiale. Ici, chacun ne se fait plus confiance, se mur dans son univers, au point aussi de se surveiller entre eux (surveillance qui trouve un écho dans les actualités affichés en arrière plan). Ceci aboutit à des séquences assez tendus entre le mari et son épouse, mais également quelques séquences inquiétantes avec Pierrot, le fils qui se mur dans un silence presque insoutenable, ou bien celle avec l'excellent Bernard Le Coq en patron de chaine trop compréhensif pour être honnête. Haneke fait aussi émergé une critique des apparences par l'intermédiaire de George, animateur qui à l'air très propre sur lui mais qui se révèle être d'une méchanceté et d'une mauvaise fois fort inconfortable. Un personnage que Daniel Auteuil incarne à la perfection cette homme d'image égoïste. A ses cotés, Juliette Binoche joue une fois de plus à la perfection avec sa sensibilité habituel.

Caché est donc un excellent cru d'un cinéaste toujours très prolixe en ce qui concerne de donner une vision de notre société. Un thriller tout simplement parfait.