No_Limit

Genre : Thriller

Réalisateur : Gregor Jordan

Synopsis :

Steven Arthur Youger, américain convertit à l'Islam, à placé trois bombes dans trois villes et le fait savoir par une video. Arrêté par l'armée Américaine, celui va être interrogé par l'agent Helen Brody, ainsi que par H, un mystérieux individu qui prétend pourvoir faire avouer Younger sur l'endroit ou se trouve ses bombes.

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Avis :

Alors qu'on l'avait laissé en plan avec The Informers, Gregor Jordan revient ce coup ci avec un véritable chef-d'oeuvre qui, malheureusement, bénéficiera que d'une sortie DVD : No Limit.

On avait pas vu un huis clos aussi efficace et riche de sens depuis un sacrée bout de temps. Surfant sur le succès (passée) de la série 24, No Limit arrive et explose tout, dynamite le genre du thriller, se lâche complètement dans le politiquement incorrecte au point de détruire les neurones du spectateur pour éliminer tous les concepts, les opinions qu'il a emmagasiné sur la torture et l'extrémisme jusque là. Ici, Gregor Jordan supprime tout manichéisme, rend les personnages tous extrémistes à leur manière : Younger qui s'engage dans une guerre contre l'américanisme, H qui torture jusqu'au plus haut point son cobaye, et Brody qui tente de faire chanter son prisonnier par la manipulation des sentiments. Du coup, on est un peu comme ses personnages, dans un brouillard total, ou les convictions s'évanouissent au cœur de ce contre la montre ou le résultat importe plus que la manière de l'obtenir, mais ou la torture semble être définitivement la seule issue de secours possible. Apologie de la torture "efficace" (les petites tortures de comptoir sont juste bon pour les sadiques en manque d'ego), mais aussi critique de l'extrémisme sous toutes ses formes, de l'homme et de ses pulsions macabres qu'il met au service de conviction, et également d'une société américaine donneuse de leçon alors qu'elle est prête à toutes les abominations. Le récit fait donc émerger pléthores de questions, transforme les personnages et leurs psychologie pour que le final délivre enfin la véritable morale qui sera ou non la nôtre : sans sacrifice nul victoire.

Mais pour cela, Jordan met le spectateur dans une position extrêmement inconfortable par le caractère réaliste des faits. Bien que ne versant jamais dans le spectaculaire gratuit, ni dans la pur exposition de moyens de torture, toutes plus ignobles les unes que les autres, Jordan arrive à nous faire appréhender toutes les atrocités de ses actes avec quelques images bien senties, accentuant le trait avec le détachement apparent de H, bourreau qui connait que trop bien les failles de la nature humaine. Les personnages sont suffisamment profonds, suffisamment décrit pour que le spectateur puisse comprendre leurs gestes, pour qu'il puisse les accepter et non pas les renier. C'est ce qui fait aussi la grande force du film : ne jamais renier les personnages, mais les accepter, comme ils acceptent leurs parts d'ombre (la complicité saine qui lie H à sa femme). Des personnages abouties que les acteurs magnifient par leur interprétation. Carrie-Ann Moss est tout bonnement superbe dans son rôle d'agent bien pensante et Samuel L. Jackson délicieux en tortionnaire. Mais c'est surtout Michael Sheen qui tient les reines avec un jeu à fleur de peau digne de figurer dans l'histoire du cinéma.

No Limit est donc une véritable claque, un pavé dans l'eau tiède du politiquement correcte, bousculant tout et qui appelle surtout à un très long débat sur la torture. On en attendait pas autant d'un film aussi discret.