La_Beaut__du_Diable

Genre : Fantastique

Réalisateur : René Clair

Synopsis :

Faust, vieux professeur de chimie sur le point de faire la découverte du siècle, reçoit la visite de Méphistophélès qui lui propose un marché : vendre son âme au diable et, en contre-partie, avoir la jeunesse éternelle.

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Avis :

Film de René Clair réalisé en 1950, La Beauté Du Diable est le film le plus connu de ce réalisateur et qui mérite encore aujourd'hui d'être re-découvert.

Premier constat : le scénario est toujours aussi valable aujourd'hui, que cela soit au niveau du thème que de ses personnages. René Clair livre une description à la fois naïve et authentique de la jeunesse et de la vieillesse. En gros, il faut profiter à fond, que l'on soit jeune ou vieux. Faust vieux ne profite de rien, carbure à l'eau plate, se laisse mourir à petit feu en mangeant de moins en moins et traine sa carcasse rouillée dans les couloirs de l'université ou il produit ses cours de chimie. Il est aussi extrémement méfiant vis à vis des nouvelles technologies, des nouveaux procédés qu'il à entre les mains mais qu'il se dispense d'appliquer. De l'autre, le jeune Faust profite de la vie, de l'amour, mais vie désormais comme un pauvre, n'ayant pas conscience des répercussions de ses actes sur le long terme. Vaut mieux être vieux mais conscient que jeune et inconscient ? C'est la problématique qu'il nous est posée à nous ainsi qu'a Faust, qui penchera pour la seconde option, à savoir la jeunesse éternel. Viens alors tous les thèmes que l'on rencontre communément dans le cinéma d'après guerre : science destructrice et diabolique, une économie factice, une humanité et une société urbaine désunie. Faust va trouver alors refuge dans la vraie liberté, celle des gitans au contact de la nature. Ce récit classique pourra en rebuter plus d'un, notamment ceux qui n'aime pas ce genre de conte bien-pensant avec un bon vieux happy-end.

Mais le plat passe magnifiquement bien grâce à la mise en scène de René Clair. Foisonnante, rutilante, flamboyante, la reconstitution est vraiment magnifique avec des costumes d'une rare beauté et des décors riches et lumineux. S'adjoint la réalisation de Clair parfaitement dans la mouvance "réalisme poétique" qui était encore d'actualité à cette époque. En résulte des effets d'ombres et de lumières majestueux et des décors qui mettent parfaitement en exergue le ton des séquences (les ruines d'un ancien palais ou se rejoins régulièrement Faust et son amie gitane imprimant une ambiance tragique à leur rencontre). Par ailleurs, l'astuce visuelle du début ou l'on voit Michel Simon converser avec Mephisto qui a pris son apparence fait encore parfaitement illusion aujourd'hui. Le rythme du film est également incroyablement soutenu pour l'époque, ne laissant jamais ses personnages sur le carreau et n'avortant jamais ses meilleurs scènes (notamment les excellentes joutes verbales entre Faust et Méphistophélès). On est donc jamais pris à bailler devant cette histoire peuplés de situations qui s'enchainent à un train d'enfer. Enfin, autre grande qualité du métrage : sa distribution. Michel Simon impose sa gueule dans chacune des scènes, incarnant avec beaucoup de délectation un Méphistophélès tour à tour machiavélique et bienveillant. A ses cotés, le grand Gérard Philipe campe avec son légendaire aplomb un Faust faillible et faible. Deux acteurs au sommet de leur art.

La Beauté Du Diable est donc un excellent film qui, si il ne convaincra pas totalement tous les publics avec son histoire, mettra tout le monde sur sa splendide mise en scène.