L_Impasse

Genre : Thriller

Réalisateur : Brian De Palma

Synopsis :

Carlito Brigante, ancien grand ponte de la drogue, sort de prison avec l'objectif de se ranger des voitures. Mais Dave, son avocat véreux, le replonge dans des affaires louches.

L_Impasse_2


Avis :

Film étiqueté à l'époque comme étant la suite de Scarface, L'Impasse est un film autonome qui constitue l'un des piliers du style de De Palma.

De Palma délaisse le coté sex, drogue et décors kitsch de son Scarface pour nous emmener dans une intrigue beaucoup plus sombre. Plus ténébreux car le recit est profondément réaliste. Le film nous amène sur les traces de Carlito, ex-grand dealer de drogue (ancien statut qu'il rejette par ailleurs) sortant de prison et qui tente, tant bien que mal, de conserver les mains propres avant de partir au Bahamas louer des voitures. Un projet qui préte à sourire pour un ancien parain de la drogue (et qui fait rire son avocat et son mentor). Mais le vieillissant Carlito y croit dur comme fer à ce futur, de pouvoir construire un avenir avec sa Gail, prometteuse danseuse qui traine ses hanches dans les boites de nuit afin de gagner sa vie. Un film aux personnages torturés, acculés par la vie, et qui tente désespérément de garder la tête hors de l'eau. Mais le film doit sa noirceur par ce récit fermé, ou tout est joué d'avance (le générique donne le ton), et qui construit ce climat anxiogène, ou l'on assiste à la noyade de Carlito. Pourtant, des lueurs d'espoirs viennent percer cette chape de plomb (la relation amoureuse avec Gail) mais, à chaque fois, le destin et le passif de criminel de Carlito se rabat sur lui. Le spectateur retient alors son souffle pendant les 2h20 de métrage ou l'on nous brosse le portrait d'un homme dépassé, aidé en cela par une réalisation d'enfer.

Car le bouquet que nous offre le cinéaste est magnifique. Une réalisation toujours très étudié, jouant beaucoup avec les bords cadres ainsi que les arrières plan, employant magnifiquement le procédé Hitchockien du climax, étirant jusqu'à plus soif son suspens. Quelques fulgurances bien senties, ou plane plus d'une fois la filmographie de De Palma (le séquence de l'ascenseur qui rappelle celle de Pulsions), constituant de véritable élèctrochoc pour le spectateur. Un film qui se permet même le luxe de devenir muet durant l'ultime quart d'heure avec cette brillantissime filature à Grand Station, qui vous tord les boyaux jusqu'à sa conclusion. Le tout animé par la superbe composition de Patrick Doyle, qui apporte un coté opératique et tragique déterminant dans l'appréhension émotionnelle du film. Une composition qui va de paire avec celle de Al Pacino, imposant et impérial dans le rôle de Carlito, accompagné par l'affreuse et explosive intéprétation de Sean Penn, avocat véreux détestable à souhait, et la rafraichissante Penelope Ann Miller. Saluons également celle de John Leguizamo, extrêmement convaincant en jeune dealer prétentieux.

L'Impasse est donc un exceptionnel chef d'œuvre, maitrisé d'un bout à l'autre par une réalisation exemplaire et un splendide climat anxiogène