Une_Petite_Zone_de_Turbulence

Genre : Comédie

Réalisateur : Alfred Lot

Synopsis :

Jean-Pierre, jeune retraité, voit sa vie s'écrouler lentement alors que sa fille se marie à un "con", que sa femme le trompe, et que son fils est homosexuel.

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Avis :

Se contentant cette fois ci d'écrire uniquement les dialogues, Michel Blanc n'en perd pas néanmoins sa verve satirique et son humour grinçant avec cette nouvelle petite comédie.

Une Petite Zone De Turbulence
: doux euphémisme pour un film qui relate le calvaire quotidien d'un homme, d'un mari, d'un père, d'un beau père qui croule sous le poids de la vie. Car, sous les dehors d'une belle propriété qui fleur bon le calme champêtre, se cache l'ultime chemin de croix de Jean-Pierre, qui se met à découvert de tous les problèmes familiaux le temps qu'il construise sa barricade privée, son jolie petit coin de paradis en brique au milieu de sa clairière. En attendant, il se mange de belles quetsches qui tachent bien et qui font mal (en gros : il s'en prend plein la tronche) : son fils est homo, sa fille se mari avec un imbécile, sa femme le trompe et il découvre une étrange tache sur son abdomen (qu'il croit être un cancer). Un film sur la vie se doit donc d'en donner une leçon. Ici, il claironne fièrement la vision bouddhiste de son héros : se foutre de tout et se laisser voguer au gré du courant. Car, quand on commence à se mêler de tout, à prendre tout à cœur, on devient fou à lier et exécrable. Un clavaire que l'on ressent à tout instant par le rythme du film, enlevé, prenant à bras le corps ses personnages et ses péripéties, bien qu'il accuse d'un peu de léthargie sur certains points (l'adultère ou le gendre con comme un balai). Le personnage de Jean-Pierre traverse alors successivement tous les stades psychologiques qui lui sont offert, jusqu'à aboutir à un je m'en foutisme complet. Au final, le plaisir du spectateur dépendra donc beaucoup de l'acceptation de sa morale et la manque de distanciation (on est, dés les premières secondes, au cœur de cauchemar de Jean-Pierre).

Ensuite, le film est drôle, grinçant, sans pour autant être hilarant d'un bout à l'autre, et ce à cause de se ton doux-amer qui peut dérouter le spectateur (qui se ressent également dans la musique). Les dialogues, écrient par Michel Blanc lui même, sont souvent décapants et toujours pertinents, avec une pointe d'absurdité anglaise (à l'instar de la réplique sur les homos). Le bon mot au bon moment (recette miracle d'une comédie réussit) rend alors le film vraiment doux et légers. Le coté amer vient bien plus de la prestation d'un Michel Blanc totalement neurasthénique et suicidaire. On se rend malade rien qu'en le voyant se tordre de douleur, brandissant son air Droopy à chaque scène, le tout armé de son teint blafard et de sa mine déconfite. Du pain béni pour cet acteur qui n'a jamais été aussi succulent que dans des rôles d'hypocondriaque ou de cocu. A ses cotés, Miou-Miou fait des étincèles avec son rôle d'épouse traitre, tout comme Melanie Doutey, pour une fois impeccable. Les interprètes et l'écriture fait donc beaucoup, comblant alors le coté rébarbatif du sujet et des maux de son héros.

Une Petite Zone De Turbulence est donc une comédie très sympathique, qui est sauvé de sa langueur par des acteurs formidables et des dialogues croustillants.