La_Route

Genre : Drame

Réalisateur : John Hillcoat

Synopsis :

Dans un monde ravagé, un homme et son fils tente de survivre à la nature, aux voleurs et aux cannibales qui hantent les routes.

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Avis :

Seconde adaptation cinéma d'un roman de Cormac McCarthy, La Route marque également la troisième apparition de John Hillcoat derrière la camera.

Ce film est symptomatique de notre époque. Entre une fin du monde grandiloquente (2012) et un univers post-apocalyptique symbolisant un retour aux sources de la vie et du cinéma (Le Livre d'Eli), le nouveau Hillcoat se place plus dans une optique intermédiaire, très philosophique ou intellectuelle, proche de Blindness ou de Les Fils de l'Homme, avec lesquels il partage sa thématique. Car, tout comme dans le film de Meirelles ou de Cuaron, La Route porte les germes d'un monde nouveau et d'une humanité plongé dans ses instincts les plus primaires dans un environnement propice à se genre de dé-génération. En face de cannibales hargneux et de passagers vils, se place cet homme et ce garçon, vestige d'une humanité perdue. Que léguer à nos descendants ? Faut il encore croire à un avenir dans ce genre de situation ? Le père veut y croire, formant alors coute que coute son fils à l'humanité, devenant ainsi son dieu, son opium, car le dieu qu'il a connu n'existe plus. Difficile d'ailleurs à cerner ce père, qui prône la solidarité sans pour autant l'appliquer. On comprend mieux sa femme, déchiré d'avoir mis au monde un fils dans cet univers sans foi ni loi. Le film livre donc une vision complexe et contrasté de l'héritage, qui peut parfois dérouter le spectateur dans l'appréhension des personnages.

Des personnages évoluant dans un univers sombre et désolé. Des plans d'ensembles somptueusement désincarnés, dans des villes décharnés, ou plus un souffle de vie ne semble les parcourir. La photo gris charbon enferme le film dans une atmosphère étouffante et anxiogène, dont on a beaucoup de mal à s'en remettre. C'est extrémement lourd, sombre et macabre comme climat, et il faut avoir vraiment une excellente condition mentale pour pouvoir regarder ce film. Il ne faut pas non plus s'attendre à de l'action. Il n'y en a que très peu, le film se base avant tout sur les deux personnages, sur leurs rencontres ainsi que sur leurs passés. Seule quelques petites escapades sont à noter, le reste appartenant à la description d'un voyage initiatique sur les valeurs humaines. Pourtant, le film se révèle toujours très intéressant et très rythmée, grâce notamment à la belle musique de Nick Cave et Warren Ellis, ainsi qu'à la prestation de l'ensemble du casting. Viggo Mortensen est toujours très intense, tout comme Charlize Theron, percutante en épouse désespérée. Kodi Smith-McPhee est vraiment magnifique en petit bonhomme lucide et pertinent, et Robert Duvall fait une belle apparition dans un rôle poignant.

La Route est donc un film lourd mais magnifique, qui propose une véritable réflexion sur la notion d'humanité et tout ce que cela peut engendrer.