American_Gangster

Genre : Polar

Réalisateur : Ridley Scott

Synopsis :

Après la mort d'un parrain de harlem, Franck Lucas tente de reprendre à son compte les affaires de son illustre mentor en se lançant dans le trafique de drogue. Parallèlement, Ritchie Roberts, inspecteur du New Jersey, est promu chef d'une cellule anti-drogue afin d'arrêter de mener une enquête sur les grands pontes de la mafia.

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Avis :

Après son oubliable Une Grande Année, Ridley Scott revient avec un projet beaucoup plus ambitieux, à savoir un biopic sur un des mafieux les plus influents des années 70 : Franck Lucas.

American Gangster n'est pas seulement un film sur la mafia, ne surfant ni sur le coté glamour et rock de Scarface ou le coté huppé de Le Parrain. Il se détache de ses influences, rejoignant plus la veine des Incorruptibles par son coté flic incorruptible / voyou. Mais la encore, Ridley ne se cantonne pas de dépeindre de façon manichéenne ce combat, mais appose une certaine ambiguïté, que cela soit du coté de la loi que de la criminalité. D'ailleurs, ce film exploite parfaitement le décorum de la société qu'il dépeint. La fin des années 60 et le début des années 70, c'est pas n'importe quoi aux États-Unis. C'est d'abord et surtout le chute d'une société dans un avenir sombre, d'abord par l'assassinat de JFK et de Luther King, ensuite par son engagement dans la guerre du Vietnam, enfin par la prolifération de la corruption. Les années 70, c'est aussi l'époque du changement : la conquête des territoires asiatiques ouvre d'énorme possibilité d'exploitation pour les sociétés capitalistes, proposant le meilleur produit au meilleur prix. C'est en quelque sorte les prémices de la délocalisation et du hard-discount que nous propose Scott avec ce film. Un système qu'applique Franck Lucas à son marché de la drogue. Un jeune parrain qui incarne le changement, qui n'est jamais diabolisé (il fait beaucoup pour sa communauté) ni évangélisé (l'excellent montage alterné entre le diner de Thanksgiving de la famille Lucas et les drogués qui se pique, détruisant à la fois leur santé et leur famille). De l'autre coté, Ritchie Roberts incarne un flic irréprochable, incorruptible, parfaite incarnation des valeurs passées de l'Amérique.

L'intrigue que nous livre Scott est vraiment exemplaire. Tout d'abord, il exploite parfaitement ses personnages et les met parfaitement en parallèle avec l'époque. Ensuite, il ne joue pas sur l'anecdote de départ (Lucas a acheminé sa drogue en la cachant dans les cercueils des marines américains mort au Vietnam) mais propose une véritable intrigue, une véritable histoire que tourne autour de Lucas et de son accession au pouvoir. Enfin, il ne sombre pas dans la facilité, ne proposant que peu d'action, préférant se concentrer sur sa peinture de la société. En revanche, quand il passe à l'action, c'est une boucherie, à l'image du raid éclair de la section anti-drogue dans la manufacture de Lucas. L'efficacité du film tient donc à son sujet, qu'il analyse toujours avec pertinence et dynamisme. Le cinéaste est secondé par ses acteurs, qui sont excellent. Si Russell Crowe est égale à lui même dans un rôle qu'on lui prête assez souvent, c'est surtout Denzel Washington qui s'impose par son interprétation ambiguë d'un parrain qui souffle autant le chaud que le froid. Le tout enrobé par la brillante reconstitution physique et musicale des années 70.

American Gangster est donc un excellent film sur la mafia, parfaitement réalisé et interprété, n'oubliant jamais de replacer les faits dans leurs contextes.