L_Assassin_Habite_Au_21

Genre : Thriller

Réalisateur : Henry George Clouzot

Synopsis :

Un meurtrier rode dans les rue de Paris, laissant sur toutes ces victimes une carte de visite ou il est écrit "Monsieur Durand". L'inspecteur Wens mène alors l'enquête.

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Avis :

Premier film de Henry George Clouzot, et premier succès et première œuvre culte, L'Assassin Habite Au 21 est un inoubliable du cinéma, ou transpire à la fois l'engagement d'un homme et le talent d'un artiste.

Ce film prouve si besoin ai que H.G. Clouzot ne fut pas un collabo de la première heure comme il fut dit après la Libération en 1945 (c.f. : a été accusé de propagande pro-nazie par son film Le Corbeau datant de 1943). Car L'Assassin Habite Au 21 est un film qui, sous couvert d'une impeccable maitrise du suspens, se trouve être pétrie de métaphore sur le Nazisme. Ce film est d'ailleurs assez irrévérencieux pour l'époque (comme le sera Le Corbeau) de part sa liberté de ton (les insultes envers la maréchaussée sont légions) et son cynisme à toute épreuve (la religion porté en ridicule). Ce qui fait que, encore aujourd'hui, le film garde sa fraicheur et son humour noir qui à fait son succès. Concernant l'intrigue, certains y verront une banale histoire de meurtre, avec un flic qui n'a pas peur d'aller au devant des ennuis et qui ne respecte aucunement sa hiérarchie, et une situation qui vire dans sa deuxième partie en un Cluedo jouissif dans une pension. A la limite, le spectateur lambada peut se contenter que de cela, est c'est déjà pas mal. Mais le petit curieux, le cinéphile avertit ne pourra s'empêcher de faire le parallèle avec le contexte politique et militaire de la France de 1942. Bien évidemment, cela n'est jamais perceptible directement et de premier coup d'œil (Continental, la boite de production du film, est Allemande), mais la dénonciation est subtile, voir métaphorique, par le comportement d'un personnage (le médecin de la coloniale et son envie de voir la société purger des gens anormaux ou encore ce marionnettiste qui profite sans aucun scrupule des meurtres), ou de signe (l'ultime plan avec un salut hitlérien amené subtilement par le détective), voir d'idée ("le mal est partout" comme le démontre le dénouement de l'intrigue).

Un film riche qui l'est d'autan plus par la mise en scène de Clouzot. Le cinéaste adopte une réalisation efficace et dynamique (le panoramique rapide qui nous introduit de bureau en bureau) et une mise en scène millimétré. Du coup, le film n'a cet air désuet ou ce coté archaïque du cinéma classique, ce qui permet aujourd'hui d'être encore apprécié. Il faut dire que l'intrigue est vraiment très bien menée, avec rebondissement sur rebondissement et une histoire pavée de meurtres rivalisant tous d'inventivités au niveau filmique (la camera subjective pour le meurtre du vagabond). Mais c'est aussi le jeu des acteurs qui compte beaucoup dans ce film. Pierre Fresnay est impérial dans ce film, joue avec beaucoup de tact et de naturel cet inspecteur de police au méthodes bien particulière, et forme avec Suzy Delair un couple épatant en apportant une bonne touche de fraicheur. On note également la participation des deux acteurs fétiches de Clouzot, Noël Roquevert et Pierre Larquey, à la fois drôle et inquiétant en pensionnaire.

L'Assassin Habite Au 21 est donc un excellent polar qui n'a pas pris une ride et réalisé par l'un des maitres du genre. Un premier film réussit pour un cinéaste de génie.