Rapt

Genre : Thriller

Réalisateur : Lucas Belvaux

Synopsis :

Stanislas Graff est un industriel puissant et très riche. Un matin, il est kidnappé et séquestré dans une cave. A l'extérieur, son rapt à déclenché une vague médiatique qui changera à jamais son image de marque.

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Avis :

Lucas Belvaux est un cinéaste talentueux qui malheureusement n'a jamais remporté de prix. Cet année, il est passé à deux doigts du tant convoité César du Meilleur Réalisateur avec Rapt. Un film coup de poing qui aurait largement mérité les faveurs du jury.

Ce film est une tuerie, une véritable bombe à retardement qui vous saute à la figure. On en ressort étourdit, troublé, choqué et terrifié de ce Rapt orchestré d'une main de maitre à la fois par son metteur en scène mais également par son scénariste. Car ce film est une reussite totale car son fond demeure complet avec une perspective sociale ordonnée et réglée comme une horloge. On savait Belvaux à l'aise avec le polar social, mais ici, il s'empare de son récit avec une vraie efficacité et une une imparable ténacité dans son propos. Le film est tout d'abord extrêmement bien découpé : 25 % avant, 50 % pendant et 25 % après le rapt. Ce découpage permet alors d'appréhender pleinement la personnalité de ce personnage qu'est Stanislas Graff. Mais outre le simple récit d'un fait divers qui à longtemps imprimé sa marque dans la mémoire collective (c.f. l'enlèvement du baron Empain), c'est une pur réflexion sur notre place dans notre société qui est exposé ici. La cas Graff démontre que, même en étant un imminent personnage de la scène national, notre existence au sein de la société peut se voir relayer à la dernière roue d'une charrette qui continue à avancé avec ou sans nous. Une critique qui vient s'adosser à celle bien épicée des médias et de leur agenda qui, en plus de réduire en charpie une vie par l'impudeur dont fait preuve certains journalistes (avec une terrible conclusion formulé par Graff lui même à ses filles), il passe par la même occasion l'existence au rang des oubliettes une fois que le filon épuisé. Enfin, l'étude du trauma de Graff et de sa femme est soulevé durant l'ultime demi-heure, se manifestant ici par l'incompréhension qu'anime la raison de l'autre. C'est donc bien plus la couverture de l'évènement par les médias que l'évènement lui même qui bouleverse la vie de Graff.

Coté technique, le film est également irréprochable. La mise en scène des faits est vraiment aboutit, Belvaux cherchant plus le réalisme (pas de happy end, pas de scène plus hautes que d'autres) qu'une quelconque facilité ou de miser à fond sur la pitié. Une sobriété exemplaire, d'autant plus que les rares moments plus "grandioses" (la filature en hélicoptère par exemple) ne diverge pas de cette ligne de conduite. Et si on entre plus d'une fois dans la sphère intime du personnage a fin de traduire cette chute de la vie privée (lorsque Graff fait sa toilette devant le chef des kidnappeurs tout en lui parlant de son impressionnant "tableau de chasse"), cela se fait toujours avec pudeur et permet de servir entièrement les intérêts du film. Autre caractéristique c'est celle de s'inscrire dans la lignée des "polar des années 60" à la fois par les thèmes abordés, les personnages présents (le flic de terrain, les inspecteurs de bureau, le vice président arriviste) mais également par la musique de Riccardo Del Fra, qui renoue avec les compositions de David Shire. Enfin, Yvan Attal est exceptionnel dans son rôle, se donnant corps (amaigrissement) et âme à son personnage, qui lui donne un coté respectable et hautain sans jamais forcé le trait. Une remarque qui vaut également pour sa partenaire, Anne Consigny, magnifique en épouse bafouée mais digne.

Rapt décrit brillamment la mise à nu d'une existence et la honte d'avoir survécu à un tel drame. Une œuvre complète et aboutie, qui méritait largement les faveurs des Césars.