L_Affaire_Farewell

Genre : Espionnage

Réalisateur : Christian Carion

Synopsis :

Pierre Froment, ingénieur français en place à Moscou, est contacté par la DST afin de récolté les informations transmise par Sergueï Grigoriev, colonel du KGB déçu par le régime.

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Avis :

Après le succès du son Joyeux Noël, Christian Carion affirme une fois de plus son affection pour les évènements historique mais méconnu. Aujourd'hui, il se tourne vers la Guerre Froide avec une affaire mineur dans son retentissement mais majeur dans l'histoire de la chute du Communisme : l'Affaire Farewell.

Le film de Christian Carion est loin d'être un modèle dans le genre Espionnage grand public. Le film fait l'impasse sur ce que l'on nous propose habituellement de voir dans le genre : pas de course poursuite ou de fusillade. Seul les faits et leur véracités (le film est en langue original et non doublé) comptent, prenant le pas sur l'esbroufe. Si on a par un moment peur que le film ne soit pas suffisamment rythmée pour tenir en haleine, cette inquiétude se dissipe peu à peu. Car si seul les évènements compte, ceux ci sont vraiment très bien installé au sein du récit. Carion se rattrape donc modestement mais efficacement sur l'histoire en elle même ainsi que ces résonances à l'échelle mondiale. Le rythme est donc d'une part assuré par quelques séquences tendues (le passage de la frontière par exemple), et d'autre part via les voyages entre la France, La Russie et les États-Unis. Mais si physiquement, le cinéaste montre l'internationalisation de l'affaire, le récit, lui, peine à appuyer véritablement sur ce point ci de l'histoire. C'est peut être le défaut majeur du film. Bien heureusement, quand l'intrigue s'installe exclusivement à Moscou, celle ci devient plus pertinente, plus réfléchit. Le film nous interroge alors principalement sur la notion de patriotisme : doit t-on tout accepter de son pays ? que signifie trahir sa patrie ? des questions aux quelles le personnage de Sergueï Grigoriev répond. Cet agent du KGB est un homme qui, même si il trompe sa femme (unique point de réunion des deux personnages, l'ingénieur cachant à son épouse son activité d'espion), certes il trahit son pays, mais il l'aime par dessus tout, vénérant le vrai communisme (celui des livres) et non ce qu'il est devenu (refusant par ailleurs d'être extradé).

A contrario, l'autre héros semble plus fade, moins intéressant. Peut-être par ce qu'il répond plus aux calibres du cinéma d'espionnage classique (le pauvre ingénieur pris malgré lui dans une situation inextricable). Il reste pas moins que les acteurs font vivres leurs rôles avec une réel conviction. Guillaume Canet compense la fadeur de son personnage par son inimitable don pour créer l'empathie, Emir Kusturica montre avec brio qu'il peut également être une très bon acteur, Willem Dafoe et Niels Arestrup sont également excellents, et Alexandra Maria Lara relaie parfaitement le jeu de Canet avec sa force habituelle. Autre point fort du film : la réalisation. Christian Carion fait de belles prouesses techniques (sans pour autant faire dans le grandiose) grâce à de très beaux plans, magnifiant à la fois la nature (superbes images de la taïga sous la neige) et les espaces clos (les séquences dans le bureau ovale filmées en plongé) avec beaucoup de sobriété. Une belle réalisation conjuguée à l'excellente reconstitution du Moscou des années 80. Enfin, autre bon point, et pas des moindres : la musique. Clint Mansell vient ici porter ce film de son immense talent de compositeur, créant un thème inoubliable et évitant les sempiternelles chœurs russes que l'on nous sert à chaque film soviétique.

L'Affaire Farewell est donc un film qui, si il n'est pas parfait, a le mérite d'être captivant et plutôt bien fichu. En prime : un Kusturica très à l'aise et vraiment poignant.