Deux_T_te_Folles

Genre : Comédie

Réalisateur : Richard Quine

Synopsis :

Richard Benson à trois jours pour terminer son scénario dont il n'a pas écrit une seul ligne. Les producteurs lui envoient alors Gabrielle Simpson, une jeune sténographe, afin de précipiter les finitions du script.

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Avis :

En 1964, Richard Quine réalise Deux Têtes Folles. Un film qui est assez méconnu mais pourtant, c'est une vraie perle d'humour et de dérision sur le métier de scénariste et plus largement sur le monde du cinéma.

Pour saisir toute l'ampleur de cette comédie farfelue, il faut connaitre le contexte de l'époque. Dans les années 60, c'est l'arrivée de La Nouvelle Vague, c'est le code Hayes (pas de nudité, pas de rapport sexuel explicite). En gros c'est un nouveau cinéma. Et Deux Têtes Folles fait voler en éclat tout cela. Avec charme et cynisme, le réalisateur utilise les clichés dans un incessant jeux de yoyo entre dénonciation et hommage. Il nous présente d'abord un scénariste tous ce qu'il y a de plus typique : glandeur, alcoolique, avec une haute opinion de lui et de son travail. En face, une fille de choc et séduisante, à la beauté juvénile tout ce qu'il y a de plus consensuel. Mais à partir de là, c'est une parodie que nous offre Quine et son scénariste Axelrode. Ils n'hésitent pas à tout casser, à démonter le monde du cinéma, de se moquer de tout ce qui fait le cinéma. Ils critiquent avec finesse la Nouvelle Vague et ses films faussement modestes, ils égratignent les acteurs intellectuels avec un savoureux numéros de Tony Curtis, ils fustigent l'incompétence artistique des producteurs d'Hollywood et ils détournent le code Hayes de façon délicieuse. Tout cela sert le film de façon remarquable, l'encrant parfaitement dans une réalité palpable et dans une dénonciation subtile mais drôle du cinéma contemporain.

Le reste du film est composé essentiellement de clins d'œil à des films tel que Dracula ou James Bond ou les comédies romantiques, mais également de situations poussées à l'extrême (à l'instar de cette mémorable poursuite à cheval). Le rythme y est donc soutenu, renforcé par le passage entre le monde réel (le scénariste et la sténo en train d'écrire) et le monde imaginaire (la transposition cinématographique du scénario), ce qui fait qu'a la fin, on ne sait plus ce qui est vrai et ce qui est faux. Ceci à cause du mode opératoire du scénariste, qui n'arrête pas d'insérer des choses réels sur des éléments fantasmés, ce qui introduit un trouble dans le film. Deux Têtes Folles tire également sa force du duo d'acteur qui est vraiment excellent. D'un coté, on a William Holden, qui compose un scénariste aussi obsédé par l'alcool et les femmes que feignant, tentant désespérément de grappiller un peu de temps auprès de son producteur. De l'autre, la délicieuse Audrey Hepburn qui incarne avec grâce et volupté une magnifique sténographe déterminée et délurée. Un duo parfait auquel s'ajoute Tony Curtis, excellent dans le second rôle qui ramène sa science tout le temps, et Noel Coward en producteur hégémonique.

Deux Têtes Folles est donc une délicieuse comédie, qui joue avec les clichés par le coté parodique donné aux situations. On ne s'ennuie jamais, les gags s'enchainent sans ciller et le duo Holden/Hepburn fonctionne à merveille.