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Genre : Thriller

Réalisateur : Roman Polanski

Synopsis :

Un "négre" écrivain est embauché par Adam Lang, ex premier ministre britannique, afin terminer sa biographie dans les temps. Un contrat qui semble juteux alors que le précèdent écrivain de Lang a été retrouvé mort et qu'un scandale mondial vient bouleverser l'agenda du politique.

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Avis :

A croire que The Ghost Writer est boycotté ! Traverser tout Nancy pour trouver un cinéma qui ose le diffuser tient vraiment de l'incompréhension et de l'étrange. Peut-être est ce du aux dernières péripéties juridiques du cinéaste, ou d'un simple hasard que ni Kinepolis, ni tous autres cinémas ne le diffusent. En tout cas, il n'est pas bon de s'appeler Polanski ces temps ci... ni être "un nègre".

Pourtant, cette erreur de programmation va être vite réglée au vu de la qualité du film. Car, qu'il est abusé d'une fille il y a trente ans est une chose, qu'il soit un immense cinéaste en est une autre. Et cette histoire fait cohabiter parfaitement (et involontairement) la fiction avec le réalité. Car, bien qu'il n'y est pas d'affaire de fesse (quoi que...) le contexte dans lequel s'encre l'intrigue ressemble étrangement aux derniers déboires de Polanski : un "nègre" doit boucler la biographie d'un ex premier ministre enfermé dans une propriété suite à un scandale ( cf : Polanski à boucler son film dans son chalet en Suisse alors qu'il était assigné à résidence). On ne peut pas faire plus réaliste et personnel que ce film, qui brasse autant le statut multiple du cinéaste que ses récurrences cinématographiques. On y retrouve toute la personnalité et l'ambivalence du metteur en scène. Le film s'articule autour de deux personnages qui sont deux faces d'un même miroir : le ministre et le nègre, le public et le privé, la lumière et l'ombre, la célébrité et l'anonyme (parfaitement symbolisé par le personnage de Ewan McGregor, qui ne possède aucun nom). Cette magistrale confrontation de deux statuts sociaux fait toute la force et la subtilité du film de Polanski. Il y décrit une part de lui aux travers de ses personnages. On fait donc constamment le rapprochement entre les deux acteurs de l'intrigue, et le réalisateur.

Tout cela sur fond de scandale. Mais une fois de plus, Polanski ne s'intéresse pas à l'intrigue comme dans un thriller basique. Il ajoute à son canevas une critique des médias et surtout du colportage, régulièrement évoqué par l'intermédiaire des feuilles qui passe de mains en mains (et qui n'est pas sans rappeler le passif du réalisateur dans la rubrique faits-divers). On retrouve également tous les thèmes du cinéaste : l'homme ordinaire dans une situation extraordinaire, la perte de l'intégrité et les faux semblants. Un film que n'aurait pas renié un certains Hitchcock, auquel il rend hommage par le traitement spécial réservé aux décors. Il n'y a qu'a voir cette île, plantée au milieu de nul par, essuyant des rafales de vent titanesques et des courants de plus en plus violents (représentant le scandale dans toute sa force et la torpeur dans lequel est plongé le "nègre"). Malgré cela, le fil de l'intrigue n'est jamais perdu, laissant voguer son pion au rythme des indices récoltés et des rencontres incongrues pour au final nous livrer une résolution très amer (se concluant sur un plan mémorable). Le rythme du film est soutenu, et ce malgré l'absence de scènes d'action. Le film garde donc sa ligne de conduite sans jamais flancher, incrustant ça et là des traits d'humour aussi drôles que noirs. Les acteurs sont quant à eux excellents : Pierce Brosnan est impérial, Ewan McGregor est excellent, et Olivia Williams est vraiment exceptionnelle en épouse froide. S'ajoute à cela un thème musical absolument envoutant, composé par l'indémodable Alexandre Desplat.

The Ghost Writer est un thriller exceptionnellement sobre mais d'une redoutable efficacité, dont l'intérêt réside à la fois dans la parfaite maitrise de l'intrigue et le rapprochement incongrue que l'on peut faire avec l'histoire personnelle du cinéaste.