Shutter_Island

Genre : Thriller

Réalisateur : Martin Scorsese

Synopsis :

Le marshal Daniels et son coéquipier Chuck Aule vont à l'institut Red Cliff, situé sur l'île de Shutter Island, afin d'enquêter sur la disparition d'une patiente, Rachel Solando.

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Avis :

On l'attendait ce Shutter Island. Reporté de presque cinq mois pour concourir aux oscars (et parce que Paramount n'avait pas assez de sous pour le promouvoir, attendant gentiment la nouvelle année fiscale pour le sortir), le nouveau Scorsese arrive enfin. Et que dire ci ce n'est que ce grand réalisateur nous met un grande baffe dans la gueule.

Difficile de parler de Shutter Island sans dévoiler le cœur du récit. Car rien, absolument rien n'est laissé au hasard dans ce film. Chaque mots, chaque phrases, chaque séquences, chaque échanges sont pesés dans la balance cinématographique du film. Scorsese capte tout du roman, tout de l'intrigue, tout des thèmes et du final. Tout est soigneusement pensé, repensé et re-repensé pour permettre aux spectateurs de se livrer à une seconde vision, qui apportera à coup sûr un nouvel éclairage au film. Un métrage qui prend le même axe que Shining. Tout semble concorder avec le célèbre film de Kubrick : le chemin du héros, l'exposition du lieu, la concomitance de plus en plus éreintante du passé et du présent. C'est d'ailleurs la meilleur définition (et la plus prestigieuse comparaison) que l'on peut faire pour le nouveau Scorsese sans mettre en lumière de façon prononcé les aspérités du film. Malheureusement, il faut s'arrêter là dans l'exposition de l'intrigue si on ne veut pas gâcher le gout de la découverte d'un des films les plus poignant de ce début d'année. Mais d'autres pan du film peuvent se laisser disséquer sans commettre un crime de lèse majesté. Les thèmes annexes par exemple. Le film en brasse beaucoup, en particulier la psychiatrie, qui est le moteur principal du film. Les générateurs secondaires de l'intrigue sont en nombre de deux. Le premier, c'est le traumatisme de guerre : lié à la psychiatrie, l'histoire se base sur ce fait méconnu à l'époque pour faire resurgir le trauma de Teddy Daniels. Le second, c'est la chute d'optimisme dans lequel se précipite le monde après la grande guerre. Le film marche alternativement sur ces thèmes, permettant de comprendre le point de vue de Daniels sur la science et d'acheminer un univers afin de plonger entièrement le spectateur dans son film.

Un univers parallèle à celui de Shining. Comme Kubrick l'avait fait avec Shining, Scorsese le fait avec Shutter Island : créer un climat angoissant non pas par l'intrigue et des effets horrifiques (totalement absents du film) mais en instaurant une atmosphère étouffante, exposée à la fois visuellement mais aussi musicalement. Au niveau de la réalisation, Scorsese est beaucoup moins académique qu'il le fut par le passé. A la place, le cinéaste s'approprie certains effets tout droit sortie de l'expressionnisme allemand (la séquence de cache-cache dans le bloc C) et fait se distordre l'espace par un jeu de focales, donnant une grande profondeur aux couloirs et au vide (tout comme l'avait fait Kubrick). Mais Shutter Island n'est pas le film à la Kubrick mais belle et bien un film de Scorsese. Car on retrouve bon nombre des tics présents dans ses précédents films. La réalisation de Shutter Island est vraiment très ample, très aérienne, ce qui amène une dose de fluidité dans le film. Une fluidité qui ne semble pas interférer dans le poids des images. Certaines séquences sont vraiment de prodigieuses claques visuelles, comme la tétanisante exécution d'une centaine de soldats allemands à Dachau, filmé en travelling latéral. Ce climat, malsain et crépusculaire, est propulsé par une musique contemporaine noire et intense. Mais l'essentiel, ce sont les acteurs. Leonardo DiCaprio prouve une fois de plus toute l'etndu de son talent, composant un flic tour à tour déterminé, logique et torturé, Ben Kinglsey est vraiment impérial en Psychiatre en Chef, tout comme Max Von Sydow. Autour, on retrouve Mark Ruffalo, toujours aussi bon dans un rôle essentiel, et quelque tête connu : Patricia Clarkson, Emily Mortimer ou Ted Levine. Mais l'intégralité du casting est vraiment excellent et livre tous des interprétations exemplaires (mémorable entretient avec Jackie Earl Haley).

Shutter Island est bien au dessus des dernières productions de Scorsese car plus osé et plus animé que les autres. Il signe ici thriller dramatique et pessimiste sur l'humanité et sur la psychanalyse, renouant ainsi avec son excentricité, enterrée depuis A Tombeau Ouvert.