Doute

Genre : Drame

Réalisateur : John Patrick Shanley

Synopsis :

Le père Flynn, un prêtre de la paroisse, entraineur de basketball dans une école catholique du Bronx, est soupçonné par la directrice de l'école, sœur Aloysius, d'avoir fait des attouchements sur un garçon noir de douze ans. Elle tente alors de prouver sa culpabilité et ce, par n'importe quel moyen.

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Avis :

Peu de film ont traité de la pédophilie dans le milieux très fermé du catholicisme. C'est sur ce thème au combien brûlant (pédophilie) que John Patrick Shanley se lance avec son deuxième long métrage.

Ce film montre d'abord que, même si c'est un auteur de pièce de théâtre, John Patrick Shanley sait manipuler une caméra. Si quelque séquences sentent un peu les planches qu'a foulé cette pièce, le jeune réalisateur nous gratifie de plans classiquement évocateurs, dépeignant parfaitement les intentions du film. La mise en scène traduit alors toutes les émotions et idées véhiculés par l'intrigue : symétrie/ordre, oiseaux/volage, orage/tension, cadrage biaisé/ instabilité. Ces codes cinématographiques ont beau être classiques, voir trop, il reste que leurs utilisations semblent être de circonstance. Le moindre plan est donc pensé dans un ensemble, traduisant l'émotion des personnages et l'atmosphère des décors (Église symétrique : stabilité, ordre, calme). Ceci associé à la richesse chromatique et décorative des lieux d'action (qui sont assez rare puisque le film est issue d'une pièce de théâtre) permet au film de créer une véritable atmosphère, pesante et poignante. Un climat auquel s'associe la majestueuse composition de Howard Shore, toujours aussi efficace dans l'élaboration d'un univers musical étrange et inquiétant.

Le cinéaste traite avec beaucoup de sensibilité et de pudeur le thème de la pédophilie dans le milieu catholique. Mais il fait dévier, avec beaucoup de classe, son propos avec un thème plus universel qu'est le doute. Ce film est le pendant quotidien de 12 Hommes En Colères de Sidney Lumet (autre film adapté d'une pièce de théâtre). Doute partage beaucoup de points communs avec le film précédemment cité, à la seul différence que dans le film de Shanley, il n'y a pas de tuteur moral pour remettre en question nos certitudes. Par ailleurs, le réalisateur ne semble pas condamner le doute qui est un élément essentiel de notre existence. Ce qu'il condamne, c'est cette transformation du doute en certitude. Comme tous les jurées, Sœur Aloysius s'aveugle par son opposition avec les pratiques scolaires du père Flynn, au point qu'elle le croit coupable de pédophilie. Mais là ou le film fait fort, c'est dans sa résolution de l'intrigue. En fait, il n'y en à pas vraiment. Soit on croit à l'innocence du prêtre, soit à sa culpabilité. Et c'est à Aloysius qu'en revient la lourde tâche d'accepter et de supporter ses décisions. Un film qui réussit donc avec beaucoup d'ingéniosité à cultiver le doute, de la première à le dernière seconde. Les acteurs, quant à eux, sont sublimes : la somptueuse Meryl Streep et l'impérial Philip Seymour Hoffman réserve deux énormes scènes de dialogues, Amy Adams est très touchante en nonne, et Viola Davis fait un remarquable apparition, nous ramenant avec brutalité dans le calvaire quotidien des habitants du Bronx.

Doute est donc, malgré son coté très théâtrale par moment, un excellent film sur un sujet grave mais au combien important.