Syriana

Genre : Drame

Réalisateur : Stephen Gaghan

Synopsis :

Le géant de l'énergie Connex gère et contrôle d'importants gisements de pétrole dans un pays dirigé par la famille al-Subaai. Cependant, le ministre des affaires étrangères, fils de l'émir au pouvoir, le prince Nasir, passe un accord autorisant une compagnie chinoise à effectuer des forages dans son pays. Dans le même temps, des enquêteurs anti-trust du ministère de la justice américain soupçonnent la fusion entre Connex et Killen, une autre compagnie pétrolière, d'être entachée de corruption. Le cabinet juridique de Washington dirigé par Dean Whiting est chargé d'éclaircir l'affaire, et l'enquête est confiée à Bennett Holiday.

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Avis :

Après avoir signé le scénario de l'excellent Traffic, Stephen Gaghan passe à la réalisation avec Syriana. Il reste dans son thème de prédilection, à savoir la géopolitique, se proposant de décrypter l'industrie pétrolière des États-Unis.

On ne peut pas taxer Stephen Gaghan de faire dans le simpliste ou de rester en surface. Le scénario est encore plus complexe et ramifier que dans Traffic, ce qui peut poser problème à certaines personnes qui ont un casier géopolitique assez restreint, ou qui ont un cerveaux engourdit. Cette histoire se découpe en quatre petites histoires distinctes : Bob Barnes, agent de la CIA, Bennet Holiday, avocat pour le cabinet juridique de Washington, Bryan Woodman, analyste, et enfin Wasim Khan, petit ouvrier dans un champs pétrolifère. Bien évidemment, comme l'indique l'affiche, "tout est lié". Mais, pour atteindre le stade de cette affirmation, il faut passer par une narration complexe, parfois embrumée, mais passionnante. Car, à travers son film, le réalisateur montre le mécanisme d'endoctrinement des islamiques fanatiques, mais également le double jeu permanent des informateurs (avec l'exemple du fameux Moussawi) ainsi que l'intime filiation qui lie l'industrie pétrolière au système judiciaire des États-Unis. De plus, on à du mal à douter sur ces faits puisque Gaghan s'est basé sur les mémoires de Robert Baer, ancien agent de la CIA. Le cinéaste accorde beaucoup d'importance à chacune des intrigues, mêlant habilement à tous cela les histoires intimes de chaque protagonistes. Mais cette brume, parfois épaisse, parfois traitre, se dissipe totalement pour laisser le final s'imposer comme une évidence.

Derrière cela se profile une magnifique brochette d'acteurs, tous plus crédibles les uns que les autres. George Clooney joue à la perfection un agent de la CIA hors de tout contrôle, Christopher Plummer est impérial et Matt Damon se fond parfaitement dans son personnage. Mais on est loin de la magnifique prestation de Jeffrey Wright, totalement absorbé dans un rôle difficile à cerner. Stephen Gaghan montre également qu'il peut être un brillant metteur en scène, concoctant des scènes assez fortes (la scène de torture est trop réaliste pour nous laisser indifférent) et bénéficiant d'une belle fluidité et d'un réalisme quasi documentaire, mais sans envolées colorimétriques (contrairement à Traffic, même si dans ce cas précis, les artifices sont totalement justifiés). Enfin, on peut noter la participation de Alexandre Desplat, habillant magnifiquement le film d'une musique à la fois charmante et inquiétante.

Syriana est donc un film complexe, compliqué, subtile, mais avant tout passionnant et qui mérite de ne pas se dérober devant son sujet.