ESTHER

Genre : Thriller

Réalisateur : Jaume Collet-Serra

Synopsis :

Kate et John décide d'adopter une petite fille afin de combler le vide laissé par le décès de la petite Jessica, mort né. Ils choisissent Esther, une petite fille sage et bien élevé.

Esther_2


Avis :

Réalisateur du faiblard Maison De Cire, Jaumet Collet Serra remet le couvert dans le genre horrifique. Mais, tirant les leçons de son premier passage dans le genre, il signe ici un thriller supérieur à son premier film.

Peut-être que ce Esther est le digne remake de La Malediction. Ici, Serra nous refait le film de Donner à l'envers, transformant le petit garçon en une charmante petite fille. Mais la comparaison s'arrête là puisque outre la dimension démoniaque totalement absent chez le personnage principal, le film se propose en outre de distiller un traitement psycho-sociologique de son sujet. Car, si le coté horrifique est là pour attirer les petites brebis égarées vers la salle de cinéma, Serra ne néglige pas la porté d'un tel acte qu'est l'adoption. Ici, il condamne presque les parents pour leur égoïsme sentimental, dont la seule et unique motivation pour l'adoption est de combler le vide laissé par la fille mort né. Parallèlement, la cellule familiale est devenue instable et se fissure, poussée par un consumérisme du désir de plus en plus inébranlable (l'adultère, alcoolisme) et animé par une méfiance et un individualisme accrue. Esther est là et s'engouffre dans cette fissure, mettant en lumière tous ces travers pour mieux les manipuler dans son propre intérêt. Mais ce petit fond comporte ses séduisants accotés puisque le film est assez gratiné en sensation et en tension, avec, pour couronner le tout, deux meurtres assez spectaculaires .

Par ailleurs, la mise en scène de Serra est assez maline et joue beaucoup sur les codes sonores du genre. Il créer à de nombreuses reprises, via la musique de John Ottman, des fausses attentes, et nous fait sursauter là ou on s'y attend le moins (les rires des enfants lors de la visite de l'orphelinat). Pour le coup, le film se joue des ses règles pour mieux tirer profit de la crédulité du spectateur, et ce choix porte régulièrement ces fruits tout au long du film. Autre choix : celui d'Isabelle Fuhrman pour le rôle de Esther. Elle est exceptionnelle dans ce rôle, loin des artifices habituels, composant tour à tour une fillette gentille et aimante, et une garce manipulatrice et possessive. Face à elle, Vera Farminga déploie une immense énergie dans la dramatisation de son personnage sans en faire des tonnes. Le scénario tient en haleine et est très bien ficelé, dont le déroulement rappelle, à peu de chose prés, celui de Amytiville, et le twist final pousse encore plus loin les limites de l'identité du psychopathe. L'unique reproche que l'on peut adresser à Esther, c'est son duel final un peut trop exagérée.

Esther est donc une petite surprise puisque la reussite du film est assez complète. Dommage que le final ne soit pas à l'image du film entier : osé et minimaliste.